Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25 septembre 2013

Hier soir j'étais à Great Queen Street, siège de la Grande Loge Unie d'Angleterre...

Hier, pendant une partie de l’après-midi, et entre 18 heures et 20 heures particulièrement, je me trouvais à Great Queen Street, au siège de la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA).

La raison immédiate en était la présentation au public maçonnique anglais du dictionnaire Le monde maçonnique des Lumières, ce travail gigantesque conduit pendant près de dix ans par Charles Porset et Cécile Révauger, et dont j’ai rendu compte ici. Etant l’un des co-auteurs (j’ai rédigé une dizaine de notices), j’avais reçu une invitation à assister à cet événement.


Musée.jpg


Pour être franc, je n’avais pas vraiment l’intention d’aller à Londres pour ce seul motif, mais des « voix » anglaises m’ont convaincu d’y être...

Cécile, après un propos liminaire de Diane Clements, Bibliothécaire et Curatrice du Musée de la GLUA, a effectué une brillante synthèse de la genèse et du contenu de ce dictionnaire. Une belle introduction à un ouvrage uniquement rédigé en français…ce qui était un peu provocateur à Great Queen Street ! Mais une traduction anglaise est déjà envisagée.


Revauger.jpg

Diane Clements et Cécile Révauger


La conférence avait lieu dans une vaste salle attenante au Musée, bien connue des visiteurs habituels de Freemasons’ Hall. C’est là notamment que l’on a entreposé, depuis quelques années, les trois trônes dont celui du Grand Maître (le premier à s’y asseoir fut le Duc de Sussex en 1813) et je n’ai pas résisté au plaisir de prendre quelques photos pour immortaliser ce moment.


Londres.jpg


Pour la circonstance le Musée exposait à l'intention de quelques privilégiés quelques-uns de ses trésors, comme un registre de l'Arc Royal de la Grande Loge des Anciens.


Regristre AR.jpg


Familier du lieu depuis des années, j’ai aussi fait quelques emplettes à la boutique, après avoir fait un tour, dans la même rue, chez Central Regalia et Toye, Kenning & Spencer, les deux fabricants les plus célèbres de décors maçonniques anglais.

Dans la franc-maçonnerie anglaise comme en Angleterre en général – et pas seulement là, du reste, le plus important est parfois ce qui se dit en partageant une « Cheese and Wine Party » (mais cette fois le « cheese » faisait défaut !) Dans le courant de l’après-midi comme après la conférence, les portes se sont entrouvertes et quelques langues se sont déliées devant un vieil ami….

Ce qui était frappant, au demeurant, c’était l’absence « officielle » d’officiels : pas de représentant « haut gradé » de la GLUA, un seul membre identifié de la Loge Quatuor Coronati, naguère encore le sanctuaire de l’érudition maçonnique anglaise. En dehors du public intéressé, bien sûr,  de Diane Clements, Cécile et moi, il y avait le Pr Andrew Prescott (lui-même non maçon), devenu en quelques années le « grand maître » de l’histoire maçonnique en Grande Bretagne, et Matthew Scanlan, un chercheur passionné et quelque peu provocateur – ce qui fait tout son charme.

On retire de ces moments passés à Great Queen Street une impression étrange. Celle d’un empire qui se délite : les immenses couloirs déserts, la moyenne d’âge inquiétante de tous ceux que l’on croise, se rendant à la tenue de leurs loges (la plupart commencent vers 18h ou 18h 30). Et le peu d’intérêt manifesté pour un travail maçonnologique qui concerne aussi le Royaume Uni puisque de très nombreuses notices du dictionnaire portent sur des sujets britanniques, cela va de soi.

A côté de cela, des maçons de haut vol, chercheurs reconnus, auteurs d’ouvrages à succès, comme Julian Rees, jadis membre de la prestigieuse Loge de Perfectionnement Emulation, décident de claquer la porte de la GLUA pour aller au Droit Humain anglais, par exemple, considéré par Julian comme…plus spiritualiste ! On a parfois l’impression de perdre ses repères dans ce pays déroutant…

Au hasard des rayons de la boutique, où l’on trouve des livres, des objets, des décors, on peut aussi tomber sur des « booklets », de petites brochures remises aux candidats potentiels à la franc-maçonnerie. On croit rêver : photos d’alpinisme, scènes de pub, défilés de mode (mais oui !), pour montrer que la GLUA est « in the move », et témoignage sur les motivations essentielles de maçons anglais : « se faire de amis et prendre du bon temps (have fun) » (sic) ! Il est vrai que, voici deux ans à peine, le Député Grand Maître (n°3 de l’appareil de la GLUA), avait déclaré haut et fort que la « franc-maçonnerie ne s’occupe pas de spiritualité » – laissant cela aux Eglises…

Pas de doute pourtant : la tradition maçonnique anglaise, si riche et si complexe, inscrite dans les murs de ce bâtiment impressionnant, ses collections, ses ouvrages, ses manuscrits, ses rituels, est toujours là pour tous ceux qui veulent s'en saisir - même s'ils ne sont pas anglais ! Mais la plupart des maçons anglais semblent, quant à eux, l’avoir oubliée et les responsables de la GLUA paraissent s’en soucier comme d’une guigne. Leur seule préoccupation ? La fuite des membres, la baisse tendancielle inquiétante des effectifs, et l’évolution dramatique de la pyramide des âges. Le remède du moment : un effort marqué sur les « University Lodges », réservées aux étudiants avec, comme conditions d’appel, la promesse de cotisations moins chères et de tenues…durant moins longtemps (pas plus d’une heure, c’est promis !) Vaste programme…

En quittant mes amis anglais, alors que le soir commençait à tomber sur Londres, emportant quelques images et deux ou trois confidences pour les mois qui viennent, je me disais en souriant : « et dire que certains rêvent encore de reconnaissance anglaise »…

Les commentaires sont fermés.