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24 novembre 2014

Mes Soeurs et mes Frères, en vos grades et qualités...(suite)

On m’a signalé, suite à mon premier post sur ce sujet, que l’expression « dans tous vos grades et qualités », figurait dans un texte maçonnique tardif du XVIIIème siècle, le Recueil précieux de la Maçonnerie Adonhiramite, publié d’abord en 1781 puis plusieurs fois réédité, par Guillemain de St Victor, et je l’en remercie.

Cette référence ne m’avait pas échappé mais je n’en ai pas fait état car elle pose problème. Ce texte, souvent cité, est d’une nature particulière : outre qu’on ne sait pratiquement rien de son auteur, il ne s’agit ni d’un rituel « officiel », ni même d’un rituel dont on puisse affirmer qu’il a été mis en œuvre sous cette forme où que ce soit à son époque. C’est bien davantage une sorte de collage, de compilation personnelle, sans révélation très significative, reprenant, en les arrangeant, les adaptant, voire en les enrichissant au besoin, des textes alors déjà publiés au XVIIIème siècle – souvenons-nous, encore une fois, qu’il est très tardif.

Dans la partie relative aux travaux de table on y voit apparaître deux fois l’expression « dans tous vos grades et qualités ». Il s’agirait donc d’une attestation relativement ancienne. Mais cela nécessite deux observations :

  1. Cette expression existait déjà au XVIIIème siècle, là encore, comme je l’ai dit précédemment, dans le langage protocolaire, et donc en dehors de la maçonnerie. Elle aurait fort bien pu être empruntée dès cette époque.
  2. C’est cependant un hapax sur le plan maçonnique, c’est-à-dire une mention unique et isolée car, à ma connaissance, on ne la trouve à cette époque que chez Guillemain de St Victor, soit dans une source dont on ignore si elle a été utilisée sous cette forme dans de « vraies » loges à un moment quelconque. Il se peut fort bien qu’un jour un nouveau document vienne me démentir – ce sont les risques assumés de la recherche ! – mais il faut toujours, avant d’invoquer une source, évaluer de façon critique sa vraisemblance et sa pertinence…

En fait, il n’est pas impossible que beaucoup plus tard on soit allé exhumer ces mots dans ce texe et que les augustes fonctionnaires, qui vont littéralement peupler la franc-maçonnerie dans la deuxième moitié du XIXème siècle, y ait retrouvé une formule qui leur était par ailleurs tout à fait familière. En somme, une « divulgation » ancienne, dont certains éléments ont pu relever de la seule initiative de son auteur, aurait inspiré des usages plus tardifs ! Ce ne serait pas le première fois que cela se serait produit : en 1730, déjà, présentant le premier catéchisme très bien écrit des trois premiers grades, Samuel Prichard, dans Masonry Dissected, publié à Londres, connut un tel succès qu’en l’absence de rituel écrit et officiel à cette époque…il devient lui-même une source des usages maçonniques !

Il arrive donc que la maçonnerie se tende des pièges où elle tombe elle-même plus tard, croyant redécouvrir comme un usage immémorial des ajouts extérieurs qui lui étaient initialement étrangers…

 

PS J’en profite pour remercier tous ceux et toutes celles qui m’écrivent à l’occasion de la publication de mes posts. Ces échanges sont précieux et très intéressants pour moi. Que l’on m’excuse si je ne réponds pas à tous dans un temps très court, mais les messages sont nombreux. J’y puise surtout des idées pour de nouvelles notes…

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