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15 octobre 2016

Le mythe de la patente maçonnique

Un des sujets les plus fréquents de querelles et de désordres, dans la maçonnerie française notamment, est la question des patentes. On a vu, nombre de fois, des Obédiences ou des Juridictions de hauts grades nouvellement crées – par scission ou par « essaimage » – à l'initiative de membres « régulièrement » initiés aux grades divers que ces structures entendaient désormais contrôler de façon indépendante, aller à la recherche, souvent pénible et mouvementée, de la « patente » qui seule, selon elles – et plus encore selon les autres ! – pourraient légitimer leurs travaux.

Le sujet n’est pas nouveau et a entrainé quelques-uns des épisodes les plus pittoresques – mais parfois aussi les plus navrants – de l’histoire maçonnique dans notre pays. Un rapide survol historique permet cependant de l’éclairer d’un jour nouveau. Je voudrais donner ici quelques indications que je me réserve développer d’une façon bien plus considérable dans un livre à paraitre d’ici trois ou quatre ans.

Qu’est-ce qu’une patente ?

D’où vient cette idée qu’un document, « dénommé « patente » – Warrant, en anglais – est indispensable pour que les travaux maçonniques soient parfaitement indiscutables, du moins en droit, sinon en fait ?

Il faudrait ici refaire toute l’histoire de la notion juridique de patente, car c’est de là que tout vient.

Dans le droit ancien, une lettre patente (angl. Letters patent) était un acte public (lat. patere : « être ouvert ») par lequel le roi conférait à ce qui dépendait de son autorité, un droit, un statut ou un privilège. Ce document s’opposait à la Letter closed ou en français la lettre de cachet (car cachetée !) qui ne s’adressait qu’à son destinataire – et pas nécessairement pour le mettre en prison !

On l’aura compris, la patente est un instrument juridique par lequel une autorité civile permet à une personne, un groupe de personnes ou une institution d’exercer une certaine activité, le bénéficiaire reconnaissant en revanche la suprématie du donneur de patente – et admettant, le cas échéant, qu’il puisse en décider le retrait : on le voit, ce n’est pas autre chose, en définitive, qu’une procédure de soumission politique…

La patente en maçonnerie

Quand la patente a-t-elle fait son apparition en maçonnerie ? Là encore, comme en de nombreux autres domaines, c’est en Angleterre que tout a commencé.

Lorsque, à partir de 1721 et l’arrivée du premier Grand Maître noble de la Grande Loge de Londres, John, 2e Duc de Montagu, les loges furent chapeautés par un haut aristocrate, la Grande Loge, soucieuse d’asseoir son autorité, qui reposait sur des fondements traditionnels pour le moins assez faibles, inventa tout à la fois la notion de « régularité » - qui signifiait alors simplement : « relever d’une autorité connue dont on suit les règlements » – et la patente qui en était la manifestation officielle.[1]

Les mêmes usages seront suivis en France dès la Grande Loge commencera, bien plus tardivement, et avec difficulté, à imposer son autorité sur les loges du royaume.

Dans tous les cas, le point le plus intéressant était que -  la délivrance des patentes donnait lieu au paiement d’un droit de chancellerie…

De nos jours, tous les loges anglaises sont pourvues de patentes…sauf celles qui dérivent des quatre loges réputées fondatrices en 1717 (il n’en subsiste d’ailleurs que trois), lesquelles sont dite…time immemorial (« de temps immémorial » !)

 

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Les Constitutions : naissance de l'autorité maçonnique

 

La saga des fausses patentes et des documents fondateurs apocryphes

On pourrait écrire un véritable roman sur les patentes dont se sont parés les fondateurs d’obédiences ou de Rites pour tenter d’établir – souvent contre toute évidence – qu’ils n’avaient rien inventé mais ne faisaient que transmettre « pure et dans tâche », ou de « réveiller » une tradition ancienne dont ils avaient « régulièrement » reçu le dépôt, ce dont témoignait justement la « patente », c’est-à-dire la « preuve publique » qu’ils exhibaient.

Après tout, l’exemple venait de haut et de loin : c’est sur ces bases que fut constituée en 1717 (ou plus exactement vers 1721, en prétendant remonter à 1717) la Grande Loge de Londres ! Selon Anderson, en effet, elle avait été seulement « réveillée », ses Constitutions – entièrement refondues et dotées d’un plan et, surtout, d’un contenu entièrement nouveaux en 1723 – n’étant que le dernier maillon de la longue chaine des Anciens Devoirs (Old Charges), dont l’origine se perdait dans la nuit des temps – Georges Payne, réputé avoir été Grand Maître en 1720, n’avait-il pas montré le Ms Cooke, que l’on date de 1420 environ ? Cela ne valait-il pas « dépôt de fondation » ?

Suit alors la longue liste des documents qui ultérieurement –  alors que tous sont des faux manifestes et parfois éhontés, ou simplement des documents grossièrement antidatés – ont servi de base et de justification d’origine à des institutions ou des Rites aujourd’hui vénérables – et qui veillent jalousement à ce que l’on ne fasse rien sans une patente délivrée par elles !

Voici, pour en donner quelque idée, une liste non exhaustive :

La patente Gerbier, réputée de 1721, apparue en 1785, est un faux évident comme le pensait déjà Thory au début du XIXe siècle, mais le Chapitre du Dr Gerbier qui se fondait sur cette prétendue patente n’en fut pas moins co-fondateur du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France !

La patente de Martinès de Pasqually, datée de 1738, supposée attribuée par Charles Stuard, et qu’il exhiba très tôt dans sa carrière pour se faire ouvrir les portes des loges et imposer son Rite, qui devait influence le RER, est d’une invraisemblance absolue tant par sa forme que par son contenu.

La patente Morin (1761) a bien existé mais les pouvoirs quelle attribuait à son bénéficiaire furent révoqués cinq ans plus tard par l’autorité qui l’avait émise – ce qui n’empêche pas qu’elle soit l’un des documents fondateurs de ce qui devait devenir, après des aventures improbables, le REAA.

Les Grandes Constitutions, dites de 1786, absurdement attribuées à Frédéric de Prusse, texte de référence de l’autorité du REAA, est un faux grossier inspiré d’un texte émanant de la Grande Loge de France en 1763, outrageusement plagié.

 

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Frédéric II

Auteur présumé de Grandes Constitutions dont l'essentiel avait été rédigé par la première Grande Loge de France une vingtaine d'années plus tôt.

Le texte confond en outre manifestement le Saint Empire et la Prusse...

 

L’aventure se poursuit à l’époque contemporaine. Ainsi, nos amis anglais, si exigeants en matière de « régularité, » – c’est-à-dire de conformité aux règles qui sont les leurs, et à nulle autre – n’ont cessé de créer purement et simplement de nouveaux systèmes de Side Degrees- que nous nommons hauts grades en France –, au XXe siècle encore. Pour ne citer que quelques remarquables, L’Ordre auguste de la Lumière, créé en 1902, L’Ordre maçonnique des Précepteurs Pélerins en 1984, L’Ordre commémoratif de St Thomas d’Acre en 1998 et L’Ordre maçonnique d’Athelstan en 2005.

Si ces créations sont clairement des élaborations contemporaines – au demeurant très intéressantes et très intelligemment construites –, et sont par conséquent dépourvues de « patentes immémoriales», leurs auteurs ont néanmoins senti le besoin de se réclamer, eux aussi, d’un « document fondateur », même de façon très floue et très indirecte, par exemple en mentionnant de « vieilles archives » dont ils auraient fait la découverte providentielle !

Ces organisations n’en ont pas moins été reconnues par la GLUA comme d’authentiques « Masonic Bodies » – car dans ce pays, c’est elle qui donne aux Juridictions le droit d’exister « régulièrement » – et, par exemple, l’on compte à ce jour environ 5000 membres dans les « Cours » (Courts) de l’Ordre d’Athelstan…

La patente maçonnique de nos jours en France

La patente, en France, disons-le sans détour, est le plus souvent devenu un instrument de gestion de l’influence politique et de la puissance affichée d’une obédience ou d’une juridiction sur toutes les autres.

Pourtant, outre toutes les considérations historiques rappelées ci-dessus, et qui relativisent beaucoup la notion de patente en maçonnerie, certains cas aboutissent simplement à des absurdités : par exemple, lorsque l’on demande – comme on l’a fait auprès de moi à plusieurs reprises, dans les diverses responsabilités maçonniques que j’exerce ou ai exercées – une « patente Emulation » ! Mesure-t-on à quel point une telle demande est grotesque ? En premier lieu parce que, en toute rigueur, seule la loge Emulation de Londres pourrait le faire…ensuite et surtout parce qu’elle-même ne l’a jamais fait ! Elle attribue un « label », en quelque sorte, reconnaissant que telle ou telle loge suit le rituel défini par elle, mais si quelque loge que ce soit, au sein de la GLUA, décide de travailler « Emulation with some alterations » ou tout autre Working, elle recevra bien sûr une patente de la GLUA pour travailler les Craft Degrees (les trois grades du Métier) sous son autorité, mais certainement pas la patente d’un Rite – ce qu’Emulation n’est absolument pas, au sens français du mot « Rite ». Dès lors, de quel droit, en France une autorité maçonnique quelconque attribuerait-elle une « patente Emulation » ?

Mais allons plus loin. Lorsque René Guilly-Désaguliers et ses compagnons de route, en 1968, ont créé la LNF en y rétablissant selon les formes du XVIIIe siècle, le Rite Français Traditionnel (RFT) ; a-t-il éprouvé le besoin de demander une patente au GODF – lequel ne l’aurait sans doute pas accordée à cette époque, surtout pour une forme du Rite Français qu’il ne pratiquait plus depuis fort longtemps et qui allait alors à l’encontre de ses principes et de ses pratiques les mieux établies ? Fallait-il, dès lors, que les Frères de la LNF s’interdisent cette heureuse refondation ?

On pourrait enfin élargir la remarque à tous les Rites : si des Frères – ou des Sœurs, évidemment –, ayant été reçus à un ou plusieurs grades d’un Rite, constatant que, pour des raisons diverses, ils ou elles ne peuvent plus les pratiquer dans le cadre d’une Obédience ou d’une Juridiction donnée, décident de s’en affranchir et de refonder une structure nouvelle, plus conforme selon eux – à tort ou à raison – aux définitions d’origine, doivent-ils se l’interdire parce que personne ne leur donnera de patente ? C’est alors admettre que tout détenteur d’une patente « reconnue » –  mais par qui ? – dont les origines lointaines sont elles-mêmes le plus souvent infiniment douteuses ou obscures, peut décider que désormais il faudra en passer par lui pour en obtenir une à l’avenir ! On voit rapidement à quelles conséquences absurdes ce raisonnement nous conduit…

Je mets de côté certains aventuriers maçonniques contemporains –  qu’en droit commun on nommerait des escrocs – prétendant vendre à bon prix des patentes « indiscutables », mais quand une Juridiction bien établie exige, pour reconnaitre une structure maçonnique nouvelle désireuse de pratiquer un Rite que la première prétend détenir, qu’elle obtienne une patente d’elle et stipule que le nouveau titulaire sera lui-même incapable d’en accorder à d’autres, cela n’a plus aucun rapport avec la « régularité initiatique » et relève simplement de volonté de puissance et de l’arrogance politique.

J’entends immédiatement l’argument que l’on peut opposer à cette vision des choses : « Mais alors, désormais, tout le monde peut faire n’importe quoi et le transmettre à n’importe qui, sans patente ?! »

On peut à cela répondre plusieurs choses :

En premier lieu, et pour commencer avec un sourire, quand on porte un regard un peu distancié sur les mœurs et les péripéties du paysage maçonnique français, on se demande souvent si l’on ne fait pas déjà un peu n’importe quoi…sous couvert et à l’abri d’innombrables patentes !

Ensuite, et plus sérieusement, ce n’est pas ce que j’ai dit, mais je maintiens que d’un point de vue traditionnel – au sens presque guénonien du terme, une fois n’est pas coutume chez moi ! –  un groupe de Frères et de Sœurs ayant été reçus à un grade donné dans des structures généralement considérées comme historiquement fondées à le leur communiquer, sont légitimes à la transmettre à leur tour, avec ou sans patente.

Et si demain ils décident de fonder un nouveau Rite et de créer de nouveaux grades – comme on l’a fait, notamment en France, tout au long du XVIIIe siècle et comme le font depuis toujours et de nos jours encore les Anglais ! – on pourra les reconnaitre ou non, admettre leur existence ou non, mais on n’aura pas à exiger d’eux la possession de la moindre patente pour légitimer leur action – ni même à leur en demander une pour reprendre leur création si on le souhaite (à moins qu’ils ne l’aient déposée à l’INPI !).

Enfin, la liberté n’exclut évidemment ni la rigueur ni la raison. Ce n’est pas parce qu’on peut tout faire que l’on doit tout faire. Il faut toujours s’efforcer de faire preuve de discernement et de bon sens dans toutes ses actions : ce sont malheureusement des qualités souvent en défaut dans la maçonnerie.

La patente a été introduite dans l’univers maçonnique pour tenter de contrôler les actions des uns et des autres. La détention d’une patente, en ce domaine, n’offre cependant que de faibles garanties, mais elle n’avait en tout cas pas d’autre objet. Si on la considère, en revanche, comme un critère d’authenticité traditionnelle, de « légitimité spirituelle » à pratiquer tel ou tel grade de la maçonnerie, alors on se trompe de sujet et l’on fait entièrement fausse route.

Tous ceux qui, souvent avec génie, ont créé, entre 1725 et 1760, au-dessus de ceux d’apprenti et de compagnon, l’essentiel des grades qui composent notre univers maçonnique, l’ont fait sans autorisation ni patente. Leur œuvre est le patrimoine commun et l’héritage indivis de tous les francs-maçons de bonne volonté, même si certains jugent utiles de s’auto-attribuer des patentes de légitimité exclusive.

Ce qui garantit la pratique la plus juste de la franc-maçonnerie, ce ne sont pas les patentes. C’est la sincérité, l’esprit de vérité, l’humilité, le travail persévérant et l’étude attentive et sérieuse de l’immense et passionnant patrimoine symbolique et rituel accumulé par les francs-maçons depuis trois siècles.

« C’est par mes œuvres que je montrerai ma foi. » Jacques,2, 18.

Tout un programme…

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[1] J’ai développé ce sujet dans Régularité et reconnaissance – Histoire et postures, Editions Conform, 2014.

09 octobre 2016

Le « non-événement » de 1717…

J’ai annoncé, dans un post précédent, que lors de la Conférence du Tricentenaire organisée à Cambridge par la loge Quatuor Coronati de Londres au début du mois de septembre dernier, le Pr Andrew Prescott qui, depuis des années, s’est imposé en Grande Bretagne comme un réviseur parfois très offensif et « décoiffant » de l’historiographie maçonnique admise, avait fait part d’un « scoop » : la fameuse et mythique – le mot devient de plus en plus justifié – assemblée de juin 1717, dans la taverne A l’Oie et le Gril…n’aurait peut-être jamais eu lieu !

Dans l’intervalle de ces deux posts, le blog 357 et plus m’a, en quelque sorte, brulé la politesse, en exposant l’essentiel de l’affaire ! Je ne lui en veux pas du tout, bien au contraire, et je renvoie tout simplement mes lecteurs à ce blog ami et à l’exposé du problème qu’il a très bien résumé. Cela me permet de prendre un autre point de vue pour reconsidérer le sujet en ajoutant quelques détails…

Un doute ancien

En premier lieu, si j’ai employé le mot « scoop », c’est un peu par dérision, et parce cela constituera sans aucun doute une réelle surprise pour nombre de maçons à qui l’on a enseigné depuis presque trois siècles que la « première Grande Loge de toutes les Grandes Loges du monde » avait été fondée le 24 juin 1717 ! Pourtant, le doute sur les circonstances de cette fondation est déjà ancien…

Celles ou ceux qui m’ont fait le plaisir et l’amitié d’assister, depuis des années, aux tenues de la loge d’études et de recherches William Preston (Loge Nationale Française) ou de la loge d’études et de recherches Elizabeth St Leger (Loge Nationale Mixte Française), ont souvent entendu exposer les faits curieux qui ont conduit nombre de chercheurs – dont je suis, modestement – à s’interroger sur la réalité de cet événement réputé fondateur. Je résume les points majeurs qui fondent ce doute :

  • Dans l’édition de 1723 de ses Constitutions, Anderson, dans la partie historique, lorsqu’il aborde la période 1717-1723 (pp. 47-18), fait mention de l’avènement de George Ier et conclut rapidement à la renaissance des loges de Londres à la convocation d’une « Grande Assemblée annuelle », mais il ne mentionne expressément que « notre présent Grand Maitre, le très noble Prince, John, Duc de Montague », sans citer aucun de ses prédécesseurs éventuels, et ne signale surtout en aucun endroit une assemblée ayant eu lieu en juin 1717, ce qui est pour le moins surprenant ;
  • C’est seulement dans l’édition de 1738 qu’il expose en détail (pp. 109-116) les minutes des assemblées supposées de la Grande Loge entre 1717 et 1723 – sur ces assemblées, son témoignage est unique et se réfère à des évènements alors vieux d’une vingtaine d’années, auxquels il n’avait lui-même pas assisté ;
  • Le livre des procès-verbaux de la Grande Loge de Londres et de Westminster ne commence qu’en novembre 1723. Il ne porte aucune indication qu’il s’agirait d’un « deuxième volume », et l’on ne dispose donc, pour attester l’existence d’une Grande Loge, d’aucun procès-verbal entre 1717 et 1723. Aucune explication satisfaisante n’a jamais été apportée à ce fait [1];
  • En 1721, alors que la Grande Loge est supposée exister depuis quatre ans, lorsque William Stukeley, érudit archéologue anglais, ami de Newton, est initié à Londres, il rapporte dans son Journal qu’« il avait été la première personne à être initiée à Londres depuis de nombreuses années (!) et qu’il avait été très difficile de trouver un nombre suffisant de personnes pour réaliser la cérémonie. » Il ajoute cependant qu’à partir de cette époque (1721), « la franc-maçonnerie prit son essor et se développa à un rythme effréné en raison de la folie de ses membres… » Cela ne témoigne guère d’une grande vitalité de la maçonnerie à Londres, mais Stukeley nous signale bien l’année 1721 comme un tournant. Or, si quatre loges sont supposées avoir formé la Grande Loge en 1717 (Anderson parle de six loges en 1716), deux dans plus tard, quand s’ouvre le livre des procès-verbaux de la Grande Loge, on recense déjà une cinquantaine de loges. On ignore donc ce qui s’est passé entre 1717 et 1721 mais on doit sérieusement s’interroger sur ce qui s’est passé entre 1721 et 1723 : c’est en fait la question la plus intéressante.

 

Goose and Gridrion.jpg

Un lieu aujourd'hui disparu...et légendaire ?

 

L’intérêt de la conférence d’Andrew Prescott est notamment d’apporter un élément supplémentaire, qui avait d’ailleurs déjà été exposé par lui lors de la Conférence Sankey de 2016 (Searching for the Apple Tree Tavern : What happened in 1716 ?).

Dans le récit que fait Anderson, en 1738, de la réunion du 24 juin 1717, ce dernier précise en effet, ce que l’on omet souvent, qu’une réunion en quelque sorte préparatoire aurait eu lieu l’année précédente, en 1716, à la taverne du Pommier – Antony Sayer, traditionnellement présenté comme le premier Grand Maître élu en 1717, ayant été lui-même membre de la loge qui s’y réunissait. Or, pour le dire en quelques mots, selon les recherches menées par Prescott, il apparaît simplement qu’à la date envisagée, soit en 1716, la taverne du Pommier (anciennement connue comme lieu de prostitution !) …n’existait plus ! Du reste, en 1723, Sayer est présenté comme membre d’une loge se réunissant à la taverne La tête de la Reine (Queen’s Head), à Knaves Acre.

Il faut enfin rappeler quelques faits, également familiers aux visiteurs de William Preston et d’Elizabeth St Leger : le personnage d’Antony Sayer est plus qu’énigmatique. On pense qu’il fut libraire mais on note surtout que si George Payne, réputé avoir été Grand Maître en 1718 puis de nouveau en 1720, continua à jouer un rôle majeur dans les débats de la Grande Loge – ses procès-verbaux en attestent depuis 1723 – jusqu’à sa mort vers 1757 (il supervisera même la troisième édition des Constitutions en 1756), et si Désaguliers, présenté comme Grand Maître en 1719, fut ensuite plusieurs fois Député-Grand Maître (en 1722, 1723, et 1725) et prit une part active aux débats de la Grande Loge au moins jusqu’en 1737 (sa santé déclina beaucoup par la suite et il mourut en 1744), Sayer en revanche, après sa grande maîtrise alléguée de 1717-1718, semble tout bonnement sortir de l’histoire…pour ne réapparaître dans les procès-verbaux de la Grande Loge qu’en juin 1724, puis en 1730 et 1742. Et les circonstances de cette réapparition sont assez intrigantes.

A trois reprises il fait appel à l’entraide, étant à bout de ressources, et on lui accorde au moins deux secours de 15£ puis de 2 guinées. Le 15 décembre 1730 il est en revanche cité à comparaitre pour une sévère réprimande en raison de ce qu’il aurait fait de « très irrégulier » – mais on ne sait au juste de quoi il pouvait s’agir. Toujours est-il que Sayer fit acte de contrition et jura de ne plus recommencer.

Notons enfin qu’il n’est fait mention de son ancienne dignité de Grand Maître pour la première fois qu’en 1730, mais pas en 1724. La liste « officielle » des Grands Maîtres depuis la « fondation » de 1717 semble donc avoir été fixée entre ces deux dates. Il n’en demeure pas moins que si, en 1737 encore, les procès-verbaux mentionnent la présence, en assemblée de Grande Loge, de George Payne et de Désaguliers, tous deux qualifiés de « Passés Grands Maitres », on ne retrouve jamais Antony Sayer dans cette situation : depuis 1733, il n’était que l’humble tuileur appointé par la loge Old King’s Arms. Manifestement, il y avait plusieurs catégories « d’anciens » Grands Maîtres…

Pour résumer, Sayer fut le très obscur Grand Maître d’une assemblée dont il ne subsiste aucun témoignage de première main, prétendument préparée un an plus tôt dans une taverne qui alors n’existait plus, et il semble qu’on l’ait ensuite complétement oublié jusque vers 1730, quand un rôle de fondateur lui fut subitement attribué – après que la Grande Loge lui eut accordé plusieurs secours pour son impécuniosité et l’eut réprimandé pour sa conduite « très irrégulière » …

 

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Les tables de la Loi....et les sources du mythe !

 

 

Genèse d’une légende

Comment concilier tous ces faits en une théorie cohérente ? Quelle signification donner à ce qui pourrait apparaitre comme l’une des premières mystifications de l’histoire maçonnique ?

D’abord sur les circonstances de constitution de la légende, Prescott fournit des hypothèses de travail intéressantes : il rapproche les détails, rapportés plus haut, concernant les démêlés de Sayer avec la Grande Loge, de la nécessité pour une Grande Loge – dont les premières attestations ne sont certaines qu’à partir de 1721 avec l’élection du prestigieux et richissime Duc de Montagu, car il en est alors fait mention dans la presse londonienne – de se faire adopter par le « petit peuple des loges ». Au passage, Prescott, après d’autres, souligne à nouveau le caractère politique de cette fondation, les cadres de la Grande Loge étant tous issus de l’aristocratie et de l’administration hanovriennes. Sur ce dernier point, je me permettrai de citer ici un passage de mon Invention de la franc-maçonnerie (Véga, 2008, pp. 275-276) :

Après un XVIe siècle ensanglanté par les querelles politico-religieuses, d’Élisabeth à Marie Tudor, les années de guerre civile entre le règne tragique de Charles Ier et le Commonwealth autoritaire de Cromwell, la Glorieuse Révolution de 1688 avait mis un terme à la dynastie Stuart au profit de celle de Hanovre. Une autre guerre commençait, celles des Prétendants, que seule la défaite finale de Culloden achèvera en 1746. En septembre 1715, le roi George Ier avait toutefois enregistré une nette victoire sur la Rébellion conduite par Jacques Édouard Stuart qui dut s’exiler en Italie. Un processus d’établissement pacifique de la nouvelle dynastie, prête à des accommodements avec le Parlement, pouvait dès lors s’engager. C’était aussi la condition d’une prospérité économique à laquelle tous les Anglais aspiraient. Dans ce climat bien particulier, la Grande Loge apparaît comme un lieu où pouvait à la fois s’accomplir la réconciliation des élites et du peuple – notamment par une bienfaisance active – et s’affirmer la volonté commune de donner à l’Angleterre une paix civile durable. N’est-il pas remarquable qu’un an environ après l’apaisement des derniers troubles, une Grande Loge se crée – l’année où, peut-être, Désaguliers aurait été initié – et qu’on trouve dans les Constitutions de 1723, au Titre II des Obligations (« Du Magistrat civil suprême et subordonné »), la mention suivante : « Le maçon est un paisible sujet vis-à-vis des pouvoirs civils en quelque endroit qu’il réside ou travaille et ne doit jamais se mêler aux complots et conspirations contre la paix et le bien-être de la Nation [...] C’est pourquoi si un frère devient rebelle à l’État, il ne doit pas être soutenu dans sa rébellion quelle que soit la pitié qu’il puisse inspirer [...] »

La jeune Grande Loge aurait-elle été vue par certains comme un instrument d’intégration sociale de l’Angleterre nouvelle ? Du reste, l’implication personnelle de Désaguliers auprès de la Cour hanovrienne ne permet pas de dissocier son ascension fulgurante du contexte dynastique. Quoiqu’on puisse en penser, la maçonnerie moderne naît alors même que s’établit dans une grande monarchie européenne un pouvoir parlementaire fondé sur le libéralisme politique et la tolérance. Les circonstances politiques de son apparition pèseront lourd sur son histoire ultérieure.

L’hypothèse de Prescott est ici que pour assurer cette jonction avec le peuple, on aurait eu l’idée de trouver un Grand Maître issu de ses rangs, à une époque réputée fondatrice. Antony Sayer, doublement débiteur de la Grande Loge – à la fois pour les largesses et pour la mansuétude qu’elle lui avait témoignées –, pouvait représenter, par ses origines et son statut social, un candidat idéal. Le conte, sans doute fixé avant 1730 et rédigé en 1738 par Anderson, en serait l’aboutissement. Sayer, qui mourut dans un relatif dénuement en 1742, n’avait alors aucune raison de contester une thèse aussi généreuse à son égard – et surtout aucun intérêt à le faire…

 

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Antony Sayer : un héros malgré lui ?

 

 

L’instrumentalisation de l’histoire : une vieille histoire toujours actuelle…

Faut-il donc brûler une idole et renier la fondation de 1717 ? La réponse est en fait plus compliquée qu’il n’y parait.

En premier lieu parce que toute fondation est entourée d’une aura d’incertitude. Quant à sa date, au premier chef. En effet, quelle date de naissance exacte assigner à la création d’une structure, quelle qu’elle soit : le jour où son « assemblée générale » s’est réunie, celui où elle fut constituée officiellement, celui où ses statuts furent enregistrés par l’autorité publique, ou encore celui où, pour la première fois, un petit groupe de futurs fondateurs y songea ? [2] Il demeure acquis que l'on devait compter des maçons et quelques loges à Londres avant 1717 - mais sans doute très peu et dans un état presque terminal. On ne peut rien dire de précis à leur sujet.

Ensuite, il y a la question du sens que l’on veut donner à une institution. Le souci, clairement apparent dans les récits d’Anderson, de donner à la Grande Loge une grande ancienneté – affirmant même qu’elle remontait au Paradis terrestre ! – a pu se décliner de différentes manières. La nécessité aussi de l’incarner dans le contexte social et politique tourmenté de l’Angleterre des années 1680 à 1720 a sans doute joué un rôle essentiel. Désaguliers et ses amis n’ont certainement pas pensé à fonder une « organisation initiatique et traditionnelle », mais ont réactivé en la transformant de fond en comble une société populaire anciennement de métier, devenue avant tout une société d’entraide mutuelle, et lui ont accordé des moyens financiers sans précédent, grâce à l’arrivée providentielle d’un Grand Maître richissime, tout en exigeant de ses membres de se conformer, en contrepartie, au nouvel ordre politique et de cultiver la tolérance interreligieuse qui avait donné au pays la paix civile tant désirée.

La fiction de 1717 – car il faut désormais s’accoutumer à l’idée que c’en est probablement une – s’inscrit dans cette préoccupation. Elle ne relève pas d’une volonté cynique de tromper, mais d’un désir sincère d’assigner symboliquement à une fraternité désormais gouvernée par l’élite sociale, une source populaire et fraternelle. Sayer fut, en quelque sorte, l’un des premiers « symboles maçonniques » …

On doit aussi apprécier à la lumière de ces conceptions nouvelles le jugement qui est parfois porté, pour des raisons également politiques – mais il s’agit cette fois de politique maçonnique – sur la fondation de 1717. Ainsi, on entend dire, dans certains milieux maçonniques français, que cela ne concerne pas tous les maçons, que la maçonnerie dont ils se réclament est « bien antérieure à 1717 ». La belle affaire…

Toute la maçonnerie spéculative, –  faut-il encore le répéter ? –, est bien antérieure à 1717, il suffit de parcourir quelques bons livres pour s’en convaincre, et les érudits maçonniques anglais, les premiers, l’ont abondamment documenté depuis plus d’un siècle ! La question n’est évidemment pas là. Ce qui est célébré à travers l’évènement de 1717, c’est la création de la première Grande Loge de toutes les Grandes Loges du monde (privilège d’ancienneté qui n’entraine aucun autre droit, au demeurant) : le fait demeure vrai, même s’il ne s’est sans doute produit que quatre ans plus tard.

Que veut-on dire encore ? Que la maçonnerie « hanovrienne », celle de la Grande Loge de 1717, serait d’une nature très profondément différente de la maçonnerie « jacobite » ? Increvable serpent de mer d’une historiographie maçonnique douteuse et dont les preuves sont très maigres. Eh bien, qu’on le documente ! Qu’on exhibe, par exemple, un rituel « jacobite » des années 1715-1745, qui serait substantiellement différent du rituel « hanovrien » de la Grande Loge. Ce serait, pour le coup, un véritable scoop. Disons-le tout, net : cela n’existe pas – ce n’est pas ici une légende, mais une contre-vérité, ou du moins une regrettable illusion.

1717 est simplement le mythe historiographique, forgé pour « le bon motif », qui a modelé pour jamais l’organisation de toute la franc-maçonnerie travers le monde. C’est est un repère symbolique de l’histoire maçonnique et, en tant que tel, il sera célébré dans le monde entier. Que la France – « Fille ainée de la maçonnerie », comme j’aime à l’appeler –  puisse être le seul pays où cela ne se produirait pas relèverait donc de l’absurdité pure et simple.

Ou pire : du révisionnisme historique en maçonnerie. Une déviance qui a encore de beaux jours devant elle…

 

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[1] Je ne reviendrai pas ici les débats pénibles et inutiles survenus en 2003, à l’occasion de la célébration du 275eme anniversaire de la maçonnerie en France, à propos de la date de 1728 – depuis lors réutilisée à tort et à travers par pratiquement tout le monde…

[2] D’où les libertés que j’ai prises avec l’histoire dans Les mystères de Channel Row (Lattès, 2008), récit romancé des débuts de la Grande Loge, quand j’imagine que le premier livre des procès-verbaux – qui n’a donc sans doute jamais existé – avait été dérobé par un célèbre bandit de Londres, Jonathan Wild !

29 septembre 2016

De retour de Cambridge

Entre le 9 et le 11 septembre dernier s’est tenue, à Cambridge, dans l’enceinte du Queens’ College, la Conférence du Tricentenaire sur l’Histoire de la Franc-maçonnerie, réunie à l’initiative de la Loge londonienne Quatuor Coronati. J’ai eu la chance, avec une poignée de Français, de compter parmi la centaine de personnes qui ont pu assister et prendre part aux travaux de la Conférence.

Rappelons en premier lieu ce qu'est la Loge Quatuor Coronati 2076 : c’est la plus ancienne loge de recherches du monde, fondée en 1884. Or, ce point mérite ici un premier commentaire. Ce qu’on entend par « recherche maçonnique » en Grande-Bretagne, est bien différent de ce que l’on désigne souvent ainsi en France. Il ne s’agit pas de « super-loges » qui proposeraient des « super-planches », présentées par des « super-Frères (?) », à propos de tout et de n’importe quoi – ou presque. Cela désigne exclusivement une approche historique des sources, des origines, des documents fondateurs, des personnages et des évènements qui ont fait la maçonnerie à travers le temps et l’espace. On ne produit pas ici de « jus de crâne » : on tente de retrouver, par une approche objective et documentée, la vérité des origines. Les travaux publiés annuellement dans la prestigieuse revue Ars Quatuor Coronatorum depuis 1886 – le thesaurus de l’érudition maçonnique international – qui a été le modèle suivi par René Désaguliers en fondant en 1970 la revue Renaissance Traditionnelle – en sont l’éloquent témoignage.

La Conférence elle-même réunissait tous les noms les plus prestigieux de la recherche maçonnique anglaise, et la presque totalité des membres de la loge Quatuor Coronati en particulier.

Un coup d’œil au programme vous permettra de juger de la diversité et de l’intérêt des sujets traités:

 

Programme Cambridge 1.png

 

Je voulais juste faire part de quelques impressions.

La première est l’incroyable liberté de ton des chercheurs britanniques au sujet de l’histoire de la maçonnerie: ce que j'ai appelé, dans un de mes livres, leur "tranquille audace". Ici, pas de querelles d’obédiences rivales ou de prééminence d’un Rite qui, sous couvert pseudo-discussions savantes, instrumentalisait l’histoire maçonnique. Mais au contraire, l’histoire traitée de façon académique, sans arrière-pensée, de manière rigoureuse et distanciée. La critique des contributions présentée est également sans complaisance mais aussi sans acrimonie : on ne défend pas ici un « camp » contre l’autre, comme on le voit faire si souvent en France quand « leur historien » est opposé à un « historien à nous », pour reprendre une niaiserie, restée célèbre, d’un dignitaire maçonnique oublié. Je me dis parfois que si la maçonnerie anglaise est perçue en France, du moins par certains, comme "dogmatique", elle est néanmoins, quant au regard qu’elle porte sur sa propre histoire, incommensurablement plus libre et plus audacieuse qu’en France. Ce n’est d’ailleurs pas un constat joyeux pour nous autres Français, si volontiers donneurs de leçons.

En second lieu, plus je fréquente mes amis chercheurs anglais ou écossais – je veux citer ici, par exemple, John Acaster, John Belton et Robert Cooper, trois hommes avec qui j’échange depuis des années et pour qui j’ai un véritable respect – plus je suis convaincu que traiter l’histoire de la maçonnerie en France séparément de ce qu’on fait à ce sujet en Angleterre ou en Écosse est une stupidité.  Entendons-nous bien : je ne veux pas seulement dire qu’il faut tenir compte de l’histoire maçonnique des deux côtés de la Manche, car c’est une évidence, mais cela ne suffit pas : on peut, de chaque côté de la Manche, porter un regard erroné sur l’histoire maçonnique du côté opposé ! Je veux dire précisément qu’il faut encourager les rencontres et les conférences où des chercheurs « libres » des deux bords pourront échanger et confronter leurs points de vue.

Pour cela, il ne faut pas s’enfermer dans un programme qui présuppose les conclusions auxquelles on doit parvenir et, en France du moins, il ne faut pas placer de telles rencontres sous l’égide d’une obédience ou d’un Rite car, quelle que soit la bonne volonté des organisateurs, le biais est pratiquement inévitable. Un tel risque n’existe pratiquement pas en Angleterre…

Voilà pourquoi je rêve d’une Conférence qui, en Grande-Bretagne, réunirait à part égales des chercheurs français, anglais ou écossais en histoire maçonnique, afin de travailler ensemble à la constitution d’une histoire consensuelle des sources de la maçonnerie franco-britannique dans les trois ou quatre premières décennies du XVIIIe siècle. De même, il faut souhaiter que soient écrits des ouvrages conjoints entre des chercheurs français et anglophones. J’espère un jour voir ce vœu s’accomplir et je n’hésiterai pas à y travailler personnellement dans la mesure de mes moyens.

Dans l’immédiat voici quelques photos de cet événement :

 

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Masonic Center - Cambridge

 

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Déjeuner après la tenue des Quatuor Coronati

(la Reine nous regarde...)

 

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L'amphithéâtre des conférences à Queens' College

 

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Voilà où je loge dans le College...

 

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Ma petite chambre d’étudiant à Cambridge !

 

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Apéritif avant le Diner de Gala

 

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A table entre Bob Cooper et John Acaster !

 

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Photo finale avec tous les membres de Quatuor Coronati

 

Un dernier mot. Ces Conférences apportent parfois leur lot de surprises, de « scoops ». La conférence de clôture, présentée par le Pr Andrew Prescott, contenait une révélation de ce genre, assez bouleversante en cette année de célébration d’un tricentenaire : le 24 juin 1717…n’a sans doute jamais eu lieu !

Patience, j’y reviendrai bientôt (cette fois, c’est promis)…