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06 septembre 2013

Epreuves élémentaires ou baptêmes successifs ? (1)

1. Combien d’éléments dans la Flûte ? –  Mardi dernier, 20 août, l’émission Secrets d’histoire était donc consacrée à Mozart. Je reviendrai dans un post ultérieur sur ce qui fonde mon affirmation et peut justifier mon hypothèse relative à l’origine des épreuves sur les éléments dans les rituels maçonniques, quand on les rapproche de l'opéra de Mozart. Pour l’instant, je m’en tiens à un point préjudiciel : y a-t-il, oui ou non, quatre éléments dans le livret de la Flûte ? Certains semblent en douter. Comme toujours en histoire, retournons au texte.

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On pourrait presque dire que tout est extraordinairement simple : il suffit de lire ! Voici ce qu’annonce le chœur des hommes en armure avant que Tamino ne s’engage vers l’initiation finale, sous la conduite de Pamina :

« Der, welcher wander diese Strasse voll Beschwerden,
Wird rein durch Feuer, Wasser, Luft und Erden ;
Wenn er des Todes Schrecken überwinden kann,
Schwingt er sich aus Erde Himmel an. »

Soit en français :

« Celui qui avancera sur cette route pleine d'obstacles
sera purifié par le feu, l'eau, l'air et la terre ;
S'il peut surmonter les frayeurs de la mort,
Il s'élèvera de la terre jusqu'au ciel. »

Tout est donc dit avant même que les choses ne s’accomplissent !

Ce qui peut expliquer le doute de certains c’est le fait que, plus loin, la mise en scène de ces quatre éléments est moins évidente. Toutefois, le « candidat », conduit par Pamina qui partage son sort initiatique, s’étant engagé entre « deux énormes montagnes, une cascade sur l’une ; l’autre crache des flammes », est entrainé dans une épreuve en deux temps ainsi décrits par le livret :

  1. « Tamino et Pamina se tournent vers la montagne qui crache des flammes. Ils traversent le fracas du feu et le hurlement du vent
  2. « Ils se tournent vers l’autre montagne, descendant dans la cascade et en remontant quelques instants après. » 

 

Il est donc clair que nous retrouvons ici au moins trois éléments sur quatre – et pas seulement deux, car le vent est évidemment destiné à souligner la furieuse présence de l’air. C’est donc la terre qui pose un petit problème. On ne voit quand se produit au juste « l’épreuve de la terre », si j’ose dire. Mais, soulignons-le au passage, n’est est-il pas de même de nos jours dans les Rites où l’initiation utilise les quatre éléments (essentiellement le REAA) ? On dit au candidat que c’est son séjour dans le cabinet de réflexion qui, symboliquement, représente sa descente dans les entrailles de la terre. Admettons…mais convenons aussi que ce n’est guère spectaculaire.

C’est en fait un simple problème de mise en œuvre scénique : on peut allumer une flamme passagère, plonger la main d’un candidat dans l’eau ou l’en asperger – comme dans l’opéra de Mozart – mais le macule-t-on de terre ? Apparemment non.[1] Si l’épreuve de la terre est donc toujours assez immatérielle dans les rituels maçonniques, que dire d’un livret d’opéra, qui doit se soucier d’une certaine fluidité de l’action, éviter les lourdeurs scéniques et tenir compte des possibilités matérielles ! Un livret d’opéra n’est pas calibré comme un rituel…

On pourrait éventuellement suggérer que la « terre » est représentée dans le livret par les « deux énormes montagnes ». En effet, qu’avait-on besoin de montagnes pour encadrer le feu, l’eau – et le vent ? Ces montagnes sont  après tout deux gigantesques masses de terre entre lesquelles l’initiation va se produire. J’admets que cela ne saute pas aux yeux, mais on ne voit d’abord guère d’autre solution. Sauf si l’on se trouve dans un temple, ou un lieu clos et sombre…

Or, si l’on revient an arrière dans l’action, au moment où Papageno accompagne encore Tamino, ils sont accueillis puis laissés seuls dans un « hall » (Halle), disons une sorte de grande salle, où ils sont soumis à la consigne du silence, que Papageno va s’empresser d’enfreindre. Tandis que ce dernier se livre aux plaisirs de ce monde, Tamino est conduit vers une « voûte » où il retrouvera Pamina, et la porte qui y mène se referme sur lui. Papageno se retrouve donc reclus dans le premier lieu. Il réalise alors qu’il ne peut suivre Tamino. Le Premier Prêtre surgit et lui dit :

« Mensch ! Du hättest verdient, aus immer in finsteren Klüften der Erde zu wandern. »

« Homme : Tu aurais mérité d’errer éternellement dans les sombres entrailles de la terre. »

Il finira d’ailleurs, comme le précise le livret, par disparaître dans le sol…

zauberflote_a1_s3_color-711959.jpgLa clé que nous recherchons est donc peut-être là. Pour filer la métaphore maçonnique, je dirais que Papageno est « resté dans le cabinet de réflexion », qu’il n’a pas surmonté l’épreuve de la terre et que pour cette raison, comme le lui annonce le Premier Prêtre, il ne connaîtra « jamais les joies célestes des initiés ». Tamino, lui, ayant retrouvé Pamina, vole vers d’autres épreuves dont il triomphera aussi, nous l’avons vu.

Il me semble en tout cas que cette question préliminaire est réglée : l’opéra de Mozart évoque bien les quatre éléments de la physique classique, empruntés plus tard par l’alchimie, et il le fait même – quoique peut-être involontairement – avec une dramaturgie étonnement proche de celle des rituels maçonniques en ce qui concerne les « quatre épreuves élémentaires » !

Mais la question centrale se pose alors : d’où tout cela vient-il ? De la franc-maçonnerie ou bien d’ailleurs ? Où, quand et comment les rituels maçonniques l’ont-ils intégré ?

C’est ici que notre recherche se corse un peu... (à suivre)

 

 



[1] Sauf dans une version tardive des rituels du RER. Mais c’est là un tout autre sujet, sur lequel je reviendrai un jour ou l’autre.

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