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22 octobre 2013

Loges d'étude et de recherche : de quoi (y) parle-t-on ?

Les loges d'étude et de recherche sont une spécificité et l’une des caractéristiques les plus prestigieuses de la LNF. Le concept est cependant difficile à faire accepter - et plus encore à faire comprendre -  en France. Il a vu le jour, à la fin du XIXème siècle en Angleterre : c'est donc lçà qu'il faut retourner pour tenter d'y voir clair.

See full size imageLorsqu’en 1886 fut fondée, à Londres, la loge Quatuor Coronati n°2076, une structure tout à fait nouvelle vit le jour : une « lodge of research », c’est-à-dire, dans l’esprit de ses créateurs anglais, une loge qui, au lieu de faire des cérémonies et de transmettre les grades maçonniques - occupations exclusives de toutes les loges en ce pays - , se consacrerait exclusivement à l’étude des origines historiques et des sources traditionnelles de la franc-maçonnerie. A ce jour, en publiant chaque année le compte rendu de ses travaux, la très célèbre revue Ars Quatuor Coronatorum (AQC), cette loge de recherche, le plus ancienne au monde, a largement conquis ses lettres de noblesse. Toutes les grandes études concernant les fondements de la franc-maçonnerie y ont été présentées en plus d’un siècle. Elle a du reste inspiré, dans plusieurs autres pays (Etats-Unis, Allemagne, Belgique), la création de structures comparables[1].

Cette manière d’envisager la maçonnerie est longtemps restée inconnue en France et y suscite encore beaucoup de réticence. Il existe en fait une grave équivoque sur le mot « recherche ». Ainsi, on entend souvent dire que la recherche est le propre de toute loge, que tout maçon est « en recherche » et que toute loge est donc, par définition, une « loge de recherche »… C’est bien entendu une méprise complète.

Une loge de recherche n'est ps une « loge d'excellence » où l'on présenterait  de « très belles planches » qui pourtant, par les sujets qu'elles traitent... trouveraient aussi bien leur place dans n'importe quelle loge ! La loge de recherche serait, en quelque sorte, une « loge d'élite » ou des Maîtres « choisis » goûteraient le plaisir de plancher entre « happy few ». Certes, je m'abandonne un peu au plaisir coupable de la caricature, mais on n'est pourtant pas loin de la vérité...


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Ce qu’on entend, en Angleterre (ou à la LNF) par « recherche » est tout autre chose : c'est une approche de type académique et, n’hésitons pas à le dire, de nature érudite - ce n'est pas un gros mot !  On y emploie donc, pour élucider sans illusion les origines et les sources de la franc-maçonnerie, les instruments et les méthodes de la recherche universitaire. C’est d’ailleurs sans doute aussi pour cette raison que, l’ayant pressenti, nombre de maçons, en France, récusent le concept : en vertu de cette vieille tendance des certaines loges à y traquer toute velléité d’intellectualisme, on déclare que l’érudition n’a pas sa place en maçonnerie et qu’elle doit être réservée aux groupes académiques et aux sociétés savantes, pour ceux que cela peut intéresser. L’argument peut sembler fondé et doit être examiné. Or, on peut lui opposer une double objection.

En premier lieu, on doit observer que les groupes de recherche extérieurs à la franc-maçonnerie n’ont en réalité jamais vu le jour dans notre pays. Si, depuis quelques années, en France, quelques travaux universitaires ont pu être consacrés à l’histoire de la franc-maçonnerie, les travaux maçonnologiques proprement dits sont bien plus rares. En outre, et par différence avec ce qui s’est produit en Grande-Bretagne, en Belgique ou aux Pays-Bas, aucun lieu universitaire n’a jamais été dédié à la question maçonnique. On renvoie donc vers des structures qui, en pratique, n’existent tout simplement pas, ou pratiquement pas…

Ensuite, cette recherche, même si elle se fait, ici où là, dans un cadre universitaire, n’alimente pas la vie maçonnique elle-même. En d’autres termes, les principaux intéressés (?) n’en sont pas les premiers bénéficiaires. C’est donc aux francs-maçons eux-mêmes de prendre en main ce travail, de donner l’impulsion à une entreprise si importante et si vaste que tous les concours ultérieurs, y compris, bien sûr, en dehors de la franc-maçonnerie elle-même, seront les bienvenus. L’expérience la plus ancienne, celle de l’Angleterre, montre que le premier centre universitaire consacré à ce sujet [2] n’a pu être créé que plus d’un siècle après la fondation de la loge Quatuor Coronati, qu’il a fallu pour y parvenir une initiative auprès des autorités universitaires de la part de la Grande Loge Unie d’Angleterre et que, sans le soutien de cette dernière, la structure en question n'a pu se maintenir.

La double question de fond, qui sous-tend implicitement toutes les réticences évoquées plus haut est en vérité la suivante : si cette recherche est techniquement érudite, qui, parmi les francs-maçons, sera vraiment en mesure de s’y adonner, à quelle petite « élite » sera-t-elle finalement réservée et, par ailleurs, en quoi cette approche historico-critique et savante est-elle vraiment nécessaire ou simplement utile à la démarche spirituelle et morale de la franc-maçonnerie ?



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Armes de la Loge d'étude et de recherche William Preston (LNF)

 

 Pour le dire autrement, la question est donc de savoir quel bénéfice additionnel on pourra retirer du travail des loges d’étude, par rapport à ce que peut apporter la pratique sincère des cérémonies, l’examen attentif des instructions traditionnelles et la libre méditation des symboles, toutes choses qui forment le cœur du travail maçonnique, comme chacun en conviendra au sein de la LNF elle-même.

Et sans doute, on peut parfaitement retirer le plus grand profit personnel et humain de la pratique maçonnique sérieuse qu’offrent les loges de la LNF, sans aucunement se préoccuper des acquis obtenus par ses loges de recherche depuis plus de quarante ans, et par conséquent sans jamais les fréquenter ! Pour autant, cela ne fournit pas un argument pertinent contre leur existence, ni une preuve suffisante de leur inutilité. Et cela pour au moins deux raisons.

D’abord et avant tout parce que ces loges ont été, depuis sa fondation, les laboratoires de la LNF. On y a présenté et discuté les recherches sur l’histoire des rituels, ce qui a permis d’adapter, de retrouver et surtout de comprendre les textes en usage dans les loges de ses différents Rites. Nombre de ses acteurs ont aussi publié le fruit de leurs travaux dans la revue Renaissance Traditionnelle, revue d’études maçonniques indépendante de la LNF mais fondée et depuis toujours dirigée par des Frères appartenant à la LNF – mais sans exclusive. Or cette revue est considérée en Europe comme l’une des meilleures revues d’études maçonnologiques. Il faut donc insister avec force sur le fait que le travail des loges d’étude et de recherche est moins un divertissement d’érudits qu’un travail pionnier permettant de mieux maîtriser les sources d’une tradition maçonnique ainsi rendue à sa vérité première.



Renaissance Traditionnelle


Saluée en Angleterre comme la plus grande revue maçonnologique

en langue française...


En outre, si ces groupes ont délibérément pris la forme de loges – et non de simples cercles d‘études de nature « profane » – c’est pour bien signifier que leur objet n’est précisément pas une érudition gratuite et en quelque sorte « désincarnée », mais qu’elles œuvrent exclusivement dans le but de nourrir ce qu’on pourrait appeler la « conscience traditionnelle » des loges de la LNF et des Frères qui les composent et les font vivre. De ce fait, tous sont cordialement invités à assister à leurs travaux, et même chaleureusement encouragés à le faire quel que soit leur grade, non seulement pour y contribuer s’ils en ont le temps, le goût et les capacités, mais aussi pour prendre simplement connaissance des questions qui y sont débattues, relatives à l’histoire et la tradition maçonniques, pour y entendre l’évocation des textes fondateurs et de tous ceux qui, jadis, ont fondé la maçonnerie et dont on s’efforcer de retrouve l’esprit et l’intention fondatrice, véritables clés pour maintenir et faire vivre, ici et maintenant, une maçonnerie digne de ce passé et poursuivre l’accomplissement de son projet séculaire.

Si les loges d’étude et de recherche venaient à dépérir en son sein, c’est donc tout l’esprit de la LNF qui serait en danger.



[1] Il existe aussi d’autres loges de recherche en Grande-Bretagne, par exemple : Manchester Lodge of Research, Leicester Lodge of Research, etc.

[2] Centre for study into Freemasonry, University of Sheffield (2001). Aujourd'hui malheureusement fermé.

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