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09 septembre 2014

Ce qui est Ecossais n'est pas Ancien...

Je n'ai pas pour habitude, comme je l'écrivais encore hier, de rentrer dans les "polémiques" que d'aucuns créent artificiellement, depuis deux ans, pour se donner une contenance et travailler à "l'unité maçonnique française" (sic). Je ne suis pas non plus le plumitif d'une Obédience plutôt que d'une autre - même pas de la mienne !...

Mais quand un aimable blogueur, un ami de longue date au demeurant, joue à l'historien de service - certains diraient : "un historien à nous" -, alors là, pardonnez-moi, mais mon sang d'universitaire ne fait qu'un tour ! Je veux bien qu'on défende toutes les positions philosophiques ou maçonniques, et cela m’indiffère totalement -" ça nourrit le débat", comme on dit aujourd'hui quand on ne sait plus quoi dire - , mais falsifier grossièrement l'histoire par incompétence et pour se mettre maladroitement au service d'une cause de politique maçonnique, c'est juste un peu trop.

 

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La plus ancienne maçonnerie bleue est celle des Modernes :  la seule qui ait été connue et pratiquée en France au XVIIIème siècle

 

De quoi s'agit-il ?

Il parait que les Rites Écossais d'avant la Révolution ne seraient pas des Rites "modernes" - entendons : des rites dont les loges bleues respectent le schéma de la plus ancienne maçonnerie attestée, celle de la Grande Loge de Londres, fondée en 1717, dite des "Modernes" par dérision - et par antiphrase ! - par les "Anciens" autoproclamés...qui venaient d'apparaitre, en 1751.  Voyons cela...

Bien, tout ce que nous venons de voir concerne l'Angleterre. Première constatation : jamais le Rite Ancien n'a été connu, de près ou de loin, en France avant 1804. Ça fait plaisir ou pas, mais c'est un fait.

Ensuite, oui, les Rites Écossais des loges bleues "écossaises" d'avant la Révolution étaient des variantes du Rite des Modernes. Tous les marqueurs y étaient : la position des Surveillants, l'ordre des mots J et B, l'existence du tableau au centre de la loge (inconnu des Anciens). La seule différence résidait dans le positionnement des "trois grands piliers" en lieu et place des "trois grands chandeliers" du Rite Moderne, mais cela n'a rien à voir avec les Anciens, d'une part et, ensuite...il suffit de relire ce post pour constater que le ternaire Sagesse-Force-Beauté a toujours été présent dans toutes les loges, y compris et notamment dans celles des Modernes, sous une forme un peu différente. (1)

Il n'y a malheureusement aucun doute : les Rites Écossais du XVIIIème siècle, en loge bleue, ne que sont que des variantes mineures du Rite Moderne.

Mais notre historien "amateur-à-nous" commet une autre confusion, encore plus énorme.

Il nous dit que les Frères des "hauts grades" portaient leurs décors du plus haut grade en loge bleue - ce qui fut souvent vrai - et semble penser que tous pratiquaient par conséquent en loge bleue un "Rite Écossais"...

Patatras... Il ne faut pas aventurer dans les sentiers que l'on ne connait pas. Au XVIIIème siècle les loges "bleues écossaises" sont apparues dans le dernier quart du siècle, elles ont été marginales, extrêmement minoritaires - et pour la plupart ont conclu des traités d'alliance avec le GODF avant de s'y intégrer au début du XIXème siècle. L'immense majorité des Frères qui, depuis la fin des années 1730, possédaient et pratiquaient des "hauts grades écossais" en France, pratiquaient en loge bleue le Rite Moderne (pas du tout écossais), celui que l’on nommera, au XIXème siècle, le Rite Français. Celui de Louis de Clermont ou de Morin. Et, à partir de 1773, celui du Grand Orient comme celui de la Grande Loge de Clermont...qui pratiquaient tous deux exactement les mêmes rituels ! (Oui, je sais : il y a des "dignitaires écossais" qui ont du mal à avaler cette pilule).

Que l'on me comprenne bien : contrairement à ce que disent ceux qui oublient de penser avant d'écrire, je me moque des petites querelles obédientielles et je souhaite aux Frères et aux Sœurs, "confédérés" ou non, de vivre la maçonnerie qu'ils aiment...à condition de ne pas empoisonner la vie des autres, ni de passer leur temps à leur faire la leçon. C'est fatigant et discourtois. Surtout pour dire des sottises...

Pour le reste, il y a bien encore, de nos jours, des adorateurs de la terre plate, pourquoi pas d'autre chose ? Le négationnisme maçonnique a encore de beaux jours devant lui....

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(1)  Je me permets de renvoyer, sur cette question sérieuse et complexe qui vaut mieux qu'un galimatias incohérent, au livre majeur de mon maître René Désaguliers, Les trois grands piliers de la franc-maçonnerie, Paris, 1963-2011 (2ème édition entièrement refondue par R. Dachez).

 

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