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26 janvier 2015

Renaissance Traditionnelle : bientôt 45 ans de recherche maçonnologique...

Le n°175 de la revue Renaissance Traditionnelle sera bientôt disponible. Elle marque la 45ème année d’un travail de recherche qui a contribué à faire de la maçonnologie, en France, une discipline respectée et désormais indispensable à l’intelligence de la franc-maçonnerie.

Je ne viendrai pas ici sur la justification de la recherche en maçonnerie : je l’ai déjà évoquée ailleurs et j’y renvoie mes lecteurs. Je rappelle simplement que le mot « recherche » est trompeur : il ne s’agit pas ici d’une vision subtile – ou prétendue telle – de la franc-maçonnerie dont les « belles planches » seraient les ornements, mais d’un travail de type académique de restitution et d’étude des documents fondateurs et des textes majeurs de l’histoire maçonnique pour comprendre leur source, leur genèse et l’influence qu’ils ont exercée en trois siècle, sur la maçonnerie en général. Les articles postés sur ce blog veulent en être une illustration rapide.

Ce travail, inauguré à la fin des année 1880 par la loge de recherche Quatuor Coronati de Londres, repris en France, notamment sous l’égide de Jean Baylot, dans les années 1970 par la loge Willard de Honnecourt (puis Villard de Honnecourt) de la GLNF, du moins dans sa première formule, fut surtout mené sous l’impulsion de René Guilly, dit René Désaguliers (1921-1992) au sein de la Loge Nationale Française (LNF) et dans les loges d’études et de recherches que cette dernière a mises sur pied, d’abord à Paris, puis à La Rochelle et à Marseille notamment.

Une revue, fondée en 1912 par Oswald Wirth (1860-1943) puis dirigée par son « fils spirituel », Marius Lepage (1902-1972), Le Symbolisme, avait contribué à la redécouverte des sources traditionnelles de la franc-maçonnerie française, en un temps où, dans notre pays du moins, elle s’était enlisée jusqu’à s’y perdre parfois, dans l’action politique et les questions « sociétales ». A la fin des années 1960, et surtout après la disparition de Marius Lepage, la formule en paraissait dépassée, à bout de souffle. Marius Lepage qui, le premier, avait procuré à René Guilly les Early Masonic Catechisms, un recueil anglais, assez confidentiellement publié à Manchester en 1943, des textes fondateurs de la franc-maçonnerie en Grande-Bretagne (1696-1730), avait souhaité que son cadet reprît la revue. Mais René Guilly pensait que, tout en s’appuyant sur le travail accompli en plus de 50 ans, il convenait de lui donner une nouvelle ampleur. Pour y parvenir, après avoir fondé la LNF en 1968, il décida de créer, en 1970, la revue Renaissance Traditionnelle.

Quarante ans plus tard, R.T. était désignée par les érudits maçonniques britanniques comme la première revue d’études maçonnologiques en langue française, susceptible d’être élogieusement comparée aux Ars Quatuor Coronatorum, ce véritable thesaurus de l’érudition maçonnique internationale dont le volume annuel est toujours attendu avec impatience  par tous les chercheurs !

Les AQC ne sont bien sûr que l’émanation des travaux de la loge Quatuor Coronati 2076 dont René Guilly, si le monde maçonnique avait été structuré autrement qu’il ne l’est, aurait pu et dû être membre et aussi le premier Vénérable français : lui, au moins, n'aurait pas menti…

Si la revue R.T. n’est pas liée à une Obédience – ce qui, en France, lui évite de devenir presque inévitablement un véritable « bulletin paroissial » –, elle ne cache son projet : aller à la recherche des racines les plus profondes de la tradition maçonnique, en Grande-Bretagne comme sur le Continent, pour en cerner les significations fondamentales et nourrir ainsi la vie maçonnique d’aujourd’hui. Le savoir qui, en 175 livraisons, s’est exposé dans ses pages, n’a pas pour objet de rester lettre morte. La tradition a un avenir, mais à condition de la restituer en toute objectivité, sans a priori ni révisionnisme, en adoptant les instruments et les méthodes de l’érudition universitaire, sans crainte ni état d’âme.

Le résultat est stupéfiant mais malheureusement encore trop mal connu. Depuis 1992, année où disparut mon maître René Guilly, j’ai assumé la direction de cette revue dont la cheville ouvrière est Pierre Mollier, que chacun connait et dont les travaux personnels sont appréciés et reconnus à l’échelon international. Les plus grands érudits maçonniques, non seulement de langue française, mais aussi anglophones, ont à un moment ou à un autre souhaité écrire dans R.T. On y a souvent révélé quelques scoops de l’histoire et mis au jour des documents étonnants.

Or tout cela ne suscite pas toujours l’enthousiasme massif des francs-maçons français, il faut bien le reconnaitre – pour aussitôt le déplorer. L’érudition fait parfois peur et, plus encore, le travail intellectuel rebute, et surtout on ne saisit pas toujours le caractère prioritaire de l’enquête historique pour éclairer « l’ésotérisme maçonnique ». Je ne reviendrai pas ici sur les dangers d’une exégèse aventureuse qui suppose qu’on peut interpréter des symboles sans rien connaître de leur contexte d’apparition, de leurs sources, des commentaires dont ils furent accompagnés au cours du temps, des mutations qu’ils ont pu subir. C’est en partie pourquoi la littérature maçonnique est si volontiers médiocre – au mieux –,  confuse – trop souvent , et au pire, délirante. C’est aussi pour cette raison que, dans notre pays, à la différence ce ce qu’on observe dans nombre d’autres pays européennes, le domaine maçonnique n’est pas considéré, dans les milieux académiques, comme un champ d’étude digne de ce nom…et que l’image intellectuelle de la maçonnerie est si dégradée…

Et pourtant, parcourir cette revue est à mes yeux indispensable pour tout maçon qui veut comprendre et sortir des idées toutes faites et des pieuses légendes que, presque constamment, il entendra au sein de son Obédience – et dans les revues qu’elle publie. Certains articles sont un peu arides en apparence ? D’autres traitent de sujets dont on ne voit pas l’intérêt immédiat ? Qu’importe : une revue d’études et de recherches se garde en bibliothèque comme le bon vin se met en cave, et l’on y reviendra nécessairement un jour ou l’autre. Il y a aussi les articles de synthèse sur des problèmes maçonniques fondamentaux, revus à la lumière de l’histoire documentaire, et encore des analyses de livres qui taillent des chemins et dégagent la vue dans une littérature maçonnique touffue où tout – loin de là – n’est pas nécessairement digne d’être lu…

 

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Le prochain numéro (avec un peu de retard, mais cela valait la peine d'attendre) est consacré en presque totalité à une question essentielle qui s’éclaire de près de 40 ans de recherches initiées par René Désaguliers, poursuivies par mes soins et portées jusqu’à une première grande synthèse, claire et passionnante, par Paul Paolini : « Quatre grades et cinq mots : Voyage dans la première franc-maçonnerie sur les pas de René Désaguliers. » Qu’on le sache, le lecteur un peu motivé y découvrira un véritable continent disparu !

Pour s’abonner, mais aussi consulter les sommaires des numéros anciens et consulter plusieurs articles en accès gratuit, rien de plus simple : se rendre sur le site de la revue, http://www.renaissance-traditionnelle.com

Si les lecteurs de mon blog ignoraient cette revue, ce serait vraiment à désespérer de tout…

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