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13 mai 2013

Une équivoque féconde : la Loge et le Temple

C’est un lieu commun de la vie maçonnique que de nommer la loge – au sens du local où s’assemblent les Frères – le « temple ». Il s’agit en l’espèce d’une des équivoques les plus anciennes, les plus sérieuses et en même temps les plus fécondes de l’histoire maçonnique. Elle appelle de nombreuses observations dont on retiendra ici les principales.

La loge est-elle « le » Temple – c’est-à-dire celui de Salomon à Jérusalem – ou, du moins, le représente-t-il ? Beaucoup de francs-maçons le croient…or, il n’en est rien pour plusieurs bonnes et indiscutables raisons.

En premier lieu, n’oublions pas que la loge maçonnique est orientée de l’ouest vers l’est – « comme toutes les saintes églises », ainsi que le stipulent les plus anciennes instructions de la maçonnerie.[1] Or, le Temple de Jérusalem était orienté exactement à l’inverse : le Saint des Saints, l’endroit le plus sacré, celui où Yahvé lui-même se tenait dans l’obscurité, était à l’ouest et l’on accédait au Temple par l’est ! C’est du reste seulement à partir du IVème siècle environ que les églises, lorsqu’elles furent librement construites au sein de l’Empire devenu lui-même chrétien, commencèrent à changer leur orientation pour se distinguer radicalement du Temple et de ses références juives désormais rejetées[2] – c’est aussi dans le même esprit que le Sabbat (samedi) fut remplacé par le dimanche chrétien (en réalité un jour de solennité païenne [Dies Natalis Solis Invicti] secondairement christianisé).

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Reconstitution du Temple de Salomon

Mais on sait que les premiers francs-maçons n’ignoraient pas ce détail – qui revêt une certaine importance : on peut en effet lire dans les autres plus anciens textes maçonniques de l’Ecosse (1696-1714) les lignes suivantes :

-   Où se tient la loge ?

-   Sur le parvis du temple de Salomon.

On ne saurait être plus clair : si la loge est sur le parvis du temple et que seule l’entrée, encadrée par les deux colonnes, leur est commune, il devient évident que la loge est orientée en miroir par rapport au Temple et donc d’ouest en est, ce que l’on constate en effet. Il faut donc se rendre à une criante évidence : la loge n’est pas le Temple…

Loge et Temple.jpg

Loge et Temple.jpg

Temple et Loge.pngDès lors, d’où vient cette croyance si répandue – source d’interminables confusions ? Elle s’est en fait constituée peu à peu et finalement de manière assez tardive.

Il a d’abord fallu attendre que les loges maçonniques, en Angleterre comme en France, prennent l’habitude de se réunir dans des locaux dédiés et non plus dans des tavernes, des hôtels particuliers ou des appartements privés : imagine-t-on qu’on ait pu qualifier de « temple » la salle du traiteur Huré, rue des Boucheries, dans le quartier Saint-Germain, où s’assemblaient la première loge parisienne en 1725, au milieu des ripailles et des joyeuses libations ? Et n’oublions  pas qu’en Grande Bretagne, les loges se tiennent encore souvent dans des hôtels : on ne parle jamais de « temples » à ce sujet, mais de « lodge rooms ».

Ce n’est qu’en 1751 que la loge écossaise de Marseille fit pour la première fois construire un hôtel maçonnique réservé aux tenues maçonniques et l’interdiction de tenir loge dans les auberges ne fut édictée par le Grand Orient qu’en 1787 et plus ou moins suivie : c’est finalement sous l’Empire que toutes les loges s’installèrent dans des locaux exclusivement maçonniques. Le Freemasons’Hall, siège de la Grande Loge d’Angleterre, à Londres, ne vit pas le jour avant 1775 : il est naturellement doté d’un « Grand Temple ».

En fait, la fortune du mot « temple » en franc-maçonnerie s’est jouée au confluent de deux influences : tout d’abord celle d’un cadre protestant où le temple n’est aucunement un édifice sacré mais un simple lieu de réunion et de prière, de lecture et d’écoute de la parole de Dieu, et peut donc s’appliquer à toutes sortes d’endroits, qu’ils soient spécifiquement ou non affectés à un usage cultuel et proprement religieux ; ensuite par l’effet de l’introduction du troisième grade avec la légende d’Hiram, drame dont le Temple de Jérusalem, cette fois, est le théâtre.

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Un tableau du grade d'Apprenti au RER

La fortune de ce « temple » hybride, en dépit de l’archéologie et de l’orientation traditionnelle, a fini par le faire pénétrer en force dans la loge. En franchissant les colonnes J. et B. on a acquis la certitude d’entrer dans le Temple alors qu’en réalité, on en sortait…mais pour entrer, c’est vrai, dans une autre sorte de temple, au sens protestant et courant du terme.[3]

Du reste, nombre de détails des rituels maçonniques le rappellent. Par exemple au Rite Ecossais Rectifié, lorsque le candidat est invité à monter fictivement les trois premières marche de l’escalier du temple, sur la figuration qui en est faite sur le tableau de loge, c’est bien vers le Temple de Jérusalem qu’on le conduit, mais on le fait aussitôt redescendre : il n’y est donc pas entré ![4]

Cela n’empêchera pas que, depuis le grade de Maitre qui commence à cultiver largement cette équivoque sur le Temple de Jérusalem – et pour cause : toute son histoire se situe en son sein et il faut que le candidat la revive à son tour –, nombre de hauts grades feront un large usage de cet édifice mythique de ses diverses parties.

Au terme de cette évolution, dans le dernier quart du XVIIIème siècle, J.-B. Willermoz pouvait à bon droit affirmer : « Le temple de Salomon, à Jérusalem, est la base invariable de toute la Franc-Maçonnerie ; vous retrouverez le même, sous différentes formes, dans tous les grades ».[5] L’histoire avait rejoint le mythe…



[1] Par exemple, le Ms Dumfries n°4 (1710) qui dit avec une parfaite ambiguïté : « est-ouest parce que toutes les saintes églises sont orientées ainsi, et en particulier le temple de Jérusalem. »

[2] Du reste, nombre de temples de l’Orient ancien,  consacrés à de multiples dieux, possédaient cette même orientation est-ouest : celui de Salomon n’était pas une exception. La nouvelle orientation des églises chrétiennes était donc aussi une façon de se démarquer de tous les cultes antiques. Rappelons que le décret de Théodose interdisant le paganisme dans tout l’empire ne fut promulgué qu’en 392.

[3] En écho à cette équivoque la formule, retrouvée dans tous les catéchismes maçonniques du XVIIIe siècle,  sur la franc-maçonnerie conçue comme un endroit où « l’on élève des temples à la vertu »…

[4] « Monsieur, l’escalier dont vous venez de monter les trois premières marches conduit à la porte d’un temple qui est encore caché à vos regards, et dans lequel cependant, en qualité de maçon, vous devez entrer un jour si vous êtes constant dans la seule voie qui peut y conduire. » (Rituel du grade d’Apprenti, 1783-1788)

[5] Instruction morale du grade de Maître (1783-1788).

05 mai 2013

Le "Rite Français" : une identité idéologique ou structurelle ?

Les querelles maçonniques contemporaines, essentiellement centrées sur des compétitions obédientielles assez dépourvues d’intérêt, conduisent malheureusement souvent les francs-maçons à oublier quelques vérités essentielles de leur histoire. L’opposition désormais classique, pense-t-on,  entre le Rite Français et le Rite Ecossais et Ancien et Accepté, pour ne citer que l’une de ces fausses querelles, en est un exemple frappant.

Je voudrais me borner ici à rappeler certains faits élémentaires pour dénouer les équivoques qui s’attachent encore à l’identité du Rite Français en notre temps.

Le Rite Moderne anglais – avant d’être tardivement appelé « Rite Français » sur le continent –, pratiqué au sein de la première Grande Loge de Londres fondée en 1717, a mené, pendant soixante ans, une lutte un peu dérisoire et sans grand objet, semble-t-il, contre le Rite Ancien, la Grande Loge qui respectait ses usages ayant été créée, quant à elle, en 1751. Ce conflit ne fut que purement anglais, soulignons-le, et n’eut aucune incidence en France, mais il semble parfois que certains « bricoleurs » de l’histoire s’emparent d’une affaire exclusivement insulaire pour donner au Rite Moderne des caractéristiques d’origine que ses protagonistes auraient sans aucun doute récusées.

Le lieu n’est pas ici d’exposer en détail cette fameuse querelle, sur laquelle je reviendrai certainement un jour ou l’autre, toutefois certains éléments peuvent être évoqués. Ainsi, les Anciens énoncèrent une liste de reproches qu’ils adressaient aux Modernes, responsables à leurs yeux d’avoir altéré le dépôt initial de la tradition maçonnique que les Anciens affirmaient, quant à eux, avoir scrupuleusement respecté – on a, depuis lors, souvent entendu cette chanson...

Parmi les griefs adressés à la Grande Loge des Modernes, on relevait notamment l’abandon des prières lors des cérémonies ou l’oubli des fêtes de Saint-Jean. Ces seuls exemples ont accrédité l’idée que les Anciens représentaient une mouvance religieuse et conservatrice, par opposition aux Modernes, réputés plus tolérants, ouverts et libéraux – plus « modernes » en un mot, si l’on oublie que ce qualificatif, attribué par dérision à la première Grande Loge, fut toujours rejeté par elle, considérant qu’il s’agissait presque d’une injure…


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Les Free-Massons (1735)

Une assemblée de la Grande Loge de Londres (Modernes).

Noter la position des Surveillants  (à droite) et des Chandeliers.

Malheureusement, rien de tout cela ne résiste à l’examen et, comme l’ont suffisamment montré depuis plusieurs décennies les travaux de l’érudition maçonnique anglaise,[1] ces accusations étaient apparemment sans fondement. Rien d’idéologique ne distinguait réellement les Anciens des Modernes, et notamment pas des considérations religieuses. Les raisons de leur opposition initiale furent sans doute de nature socio-économique (les Anciens recrutaient dans un milieu globalement plus modeste que les Modernes) mais aussi « ethnique » – car pour les Anglais, les Irlandais, majoritaires parmi les fondateurs de la « nouvelle » Grande Loge,  étaient vraiment un autre peuple. Quelques décennies plus tard, cependant, la Grande Loge des Anciens était devenue aussi anglaise que la première et sa structure sociologique très semblable. C’est certainement pour cela que la fusion finale des deux Obédiences fut si aisée. Les Articles de l’Union de 1813, donnant naissance à l’actuelle Grande Loge Unie d’Angleterre, n’aboutirent d’ailleurs qu’à des ajustements symboliques et rituels assez limités car rien d’autre, en effet, ne séparaient les deux Obédiences…

Mais depuis au moins la fin des années 1730, la Rite Moderne en France, le seul qui existât –  autant dire simplement  « la franc-maçonnerie » –, avait acquis son indépendance.[2] On sait le destin brillant qui fut le sien dans toute l’Europe. On ne parle guère de « Rite Français » avant les toutes premières années du XIXème siècle, et c’est alors uniquement pour le distinguer, par exemple, du Rite Ecossais Rectifié (RER) ou du Rite Ecossais Philosophique, tous deux formés dans le dernier quart du XVIIIème siècle, en attendant le dernier venu, c’est-à-dire le Rite Ecossais « Ancien » et Accepté (REAA), dont les rituels ne seront rédigés, pour les grades bleus, qu’en 1804.[3]

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Plan de la loge des Anciens (1760)

Noter la place des Officiers et l'absence de tableau au centre.

Ce qui définit alors le Rite Français c’est toujours son système symbolique et rituel, qui contient tous ses « marqueurs » sur le plan traditionnel,[4] mais aussi son identification historique au Grand Orient de France, héritier institutionnel de la première Grande Loge en France. Toutefois, cette dernière appartenance a-t-elle une signification idéologique ? Assurément non. Louis de Clermont, Grand Maître de 1743 à 1771, pratiqua le Rite Moderne (qui ne portait pas encore ce nom !) et n’était certainement pas un révolutionnaire, tandis que le dernier Administrateur du Grand Orient de France avant la Révolution, Montmorency-Luxembourg – lui aussi du « Rite Français » – fut le premier émigré de France !

On pourrait multiplier les exemples à loisir, mais ce n’est pas là mon sujet. On l’a compris : il ne faut pas confondre le contenant et le contenu. Que, dans la deuxième moitié du XIXème siècle, le Grand Orient de France se soit identifié au combat laïc et républicain est une chose – tout à son honneur. Que le Rite du Grand Orient ait été, à cette époque comme à celle de Louis de Clermont et du duc d’Antin, le Rite Moderne ou Français, en est une autre, qui n’a rien à voir…

Le Rite Français véhicule les plus anciennes traditions rituelles et symboliques connues de la maçonnerie spéculative : c’est là son identité fondatrice, telle que l’historien peut la restituer, et les profondes altérations que subirent ses rituels, à la fin du XIXème siècle, n’y changent rien.[5]

Il existe du reste, depuis la début des années 1960, des formes dites "rétablies" ou "traditionnelles" du Rite Français, dont l'origine remonte aux travaux fondateurs de René Guilly-Désaguliers. Leurs rituels sont d'inspiration chrétienne et comprennent notamment un serment sur l'Evangile, selon l'usage constant du Rite Moderne au XVIIIème siècle.

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Un des plus anciens tableaux de loge en France

(Rite "Moderne" , 1744-1745)

Confondre l’action historique du Grand Orient de France – courageuse et noble –  avec une certaine vocation « messianique » du Rite Français, que l’on supposerait destiné depuis ses origines à défendre l’idéal laïque et à établir la République, est donc une absurdité que l’historien ne peut manquer de relever.

Sans oublier, pour l’anecdote, qu’à la fin du XIXème siècle, il a existé une obédience ultra-progressiste, fortement imprégnée d’anarcho-syndicalisme, récusant les hauts grades et favorable à l’initiation des femmes, alors que le Grand Orient, sur ces deux points, n’était assurément pas sur la même ligne et s’y opposait même nettement. Cette obédience « avancée » se nommait la Grande Loge Symbolique Ecossaise [6] et pratiquait le REAA !

Il faut s’y faire : l’histoire est implacable …



[1] Notamment les précieuses contributions de C. Batham, « The Grand Lodge of England according to the Old Institutions, The Prestonian Lecture for 1981 », Ars Quatuor Coronatorum [AQC] 94 (1981), 141-165 ; « Some problems of the Grand Lodge of the Ancients », AQC 98 (1985), 109-130.

[2] C’est ce que constate James Anderson lui-même, dans la 2ème édition des Constitutions, publiée en 1738.

[3] Le Guide des maçons écossais.

[4] Position des Officiers, ordre des mots des deux premiers grades, position des chandeliers, instruments du serment, etc. Cf. les travaux essentiel de mon maître René Désaguliers, Les trois grands piliers de la franc-maçonnerie, Paris, 1963 - Nouvelle édition entièrement révisé par R. Dachez, Paris, 2011.

[5] On peut en juger en lisant l’excellent ouvrage récemment paru de L. Marcos, Histoire illustrée du Rite Français Paris, 2012.

[6] Elle fusionnera en 1896 avec la Grande Loge de France, créée deux ans plus tôt, et lui donnera plusieurs Grands Maitres et Grands Officiers.

15:36 Publié dans Histoire, Rites | Lien permanent | Commentaires (0)

02 mai 2013

Petite histoire de la "triple devise"

 

Nombre de francs-maçons conçoivent naturellement la triple devise « Liberté-Egalité-Fraternité », qui ouvre et achève leurs travaux, comme faisant partie intégrante de la culture maçonnique depuis toujours. Nul doute en effet que l’aspiration dont elle témoigne et qu’elle s’efforce de traduire en quelques mots, ne soit au cœur de l’éthique du maçon. Son ancienneté dans l’Ordre n’est cependant pas aussi grande qu’on l’imagine, et son introduction ne s’est pas faite sans mal.

Pour en retracer la genèse, il faut se reporter au XVIIIème siècle, avant la Révolution. Les « idées nouvelles » faisaient leur chemin dans la société française, notamment dans les clubs, les cabinets de lecture, et aussi dans les loges, mais pas plus qu’ailleurs. Le désir d’une large part de l’opinion éclairée - l’aristocratie libérale et la bourgeoisie particulièrement -, de prendre part aux affaires s’exprime par les thèmes de « la douce égalité » et de la « tendre fraternité » qui fleurit dans tous les discours, notamment dans ceux des loges. Il n’en demeure pas moins que la formulation Liberté-Egalité-Fraternité n’est apparue dans le discours maçonnique qu’après avoir été consacrée par la République, et certainement pas avant, comme le prétend une légende vivace.

Si, dès 1789, le marquis de Girardin proclame que la Constitution aura pour base « l’Egalité, la Justice, l’Universelle Fraternité », la proposition alors faite par le Club des Cordeliers d’adopter la triple devise n’est d‘abord pas retenue, et il faut attendre 1793 que les documents officiels de la jeune République s’ornent désormais de la formule « Unité, Indivisibilité de la République – Liberté, Egalité, Fraternité, ou la Mort ». Tout un programme, on en conviendra !

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Toutefois, la maçonnerie ne l’adopte qu’ensuite, et on voit la devise apparaître sur la patente d’une loge qui en juin 1793 prend précisément comme titre distinctif « Liberté-Egalité-Fraternité ». Elle reste cependant peu usitée dans les milieux maçonniques, même si l’on peut encore citer une mention  dans le Livre d’architecture de la Très Respectable Grande Loge de France qui avait refusé en 1773 la fusion avec le Grand Orient, mais disparaîtra en le rejoignant finalement en 1799.

Jusqu’en 1848, plus jamais la triple devise n’est retrouvée dans un document maçonnique !

Le 24 février 1848, le gouvernement provisoire édicte : « Liberté, Egalité, Fraternité pour principes, le peuple pour devise et mot d’ordre ». La loi du 8 septembre officialisera enfin la devise comme celle de République. La maçonnerie qui,  à Paris, a  pris une part active à la Révolution, envoie le 6 mars une délégation à l’Hôtel de Ville.  Le Frère Bertrand déclare alors :

« Les francs-maçons ont porté de tous temps sur leur bannière les mots : Liberté, Egalité, Fraternité. En les retrouvant sur le drapeau de la France, ils saluent le triomphe de leurs principes et s’applaudissent de pouvoir dire que la patrie tout entière a reçu de vous la consécration maçonnique ». 

Singulière façon d’écrire l’histoire…

Il faut pourtant attendre le convent de 1849 pour que le Grand Orient de France modifie son article Ier en ajoutant cette dernière mention : « La devise [de la franc-maçonnerie] a été de tous temps (sic) : Liberté, Egalité, Fraternité ». Il est vrai que ans le même texte, la Grand Orient proclamait pour la première fois de son histoire que la maçonnerie avait aussi « pour base l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme »…

Ce n’est qu’en 1869 que la Grande Loge Centrale, fondée en 1822 par le Suprême Conseil de France, lui-même reconstitué l'année précédente, pour gérer ses loges bleues, demande l’introduction de la devise dans la pratique de  l’Ecossisme  - et la suppression du Grand Architecte de l’Univers. En 1873, le Suprême Conseil accède à la première de ces demandes. Le même esprit et la même devise seront repris par la Grande Loge Symbolique Ecossaise, d’esprit très libertaire, fondée en 1880 pour réagir contre l’autoritarisme allégué des hauts grades, puis par la Grande Loge de France, définitivement constituée dans sa forme actuelle entre 1894 et 1896.

La triple devise était ainsi universellement établie dans la maçonnerie française. Universelle, généreuse, mais non point maçonnique d’origine, elle demeure du reste une spécificité maçonnique en France seulement, ainsi que dans quelques pays latins où une certaine franc-maçonnerie « libérale et adogmatique » l’a adoptée. Elle n’est d’ailleurs usitée que dans le Rite Français et le Rite Ecossais Ancien et Accepté (et, même pour ces Rites, dans quelques obédiences mais pas dans toutes) et reste parfaitement inconnue des rituels du RER ou des loges Emulation...