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17 septembre 2014

Petite histoire des rituels maçonniques "égyptiens" (2)

Je reprends ici le fil interrompu par "l'actualité" d'une narration dont la première partie est ici.

 

4. L’ère Ambelain. 

Détenteur de multiples grades maçonniques dans plusieurs Rites (REAA, mais aussi RER et naturellement Rites égyptiens), mais aussi dans les traditions martinistes ou rosicruciennes, Robert Ambelain a conduit cette évolution à son sommet. Si son apport aux rituels des hauts grades n’est pas très original, on retiendra surtout ici sa refonte complète des rituels et des cérémonies des trois premiers – à partir d’un prétendu « manuscrit de 1824 » qui n’a jamais existé que dans son imagination fertile. Tous les rituels modernes des Rites égyptiens pour les grades symboliques en proviennent, avec d’inévitables variantes de détail.

Les rituels qui furent publiés suite à la décision du Convent international tenu à Paris en 1965 [1] marquent une rupture nette avec tous les rituels antérieurs des grades bleus, tant pour le Rite de Memphis que pour celui de Misraïm. Seul l’état de déshérence où se trouvaient les Rites égyptiens lorsque Robert Ambelain en reçut le dépôt de Charles Dupont, en 1960, a sans doute permis une reformulation aussi radicale. Rappelons encore une fois qu’au moment de leur premier essor, les Rites égyptiens apparurent comme des variations sur le Rite Écossais. Les rituels de la période « occultiste », évoquée précédemment, étaient presque toujours inspirés du REAA, sans doute considéré comme « plus initiatique » car les rituels du Rite Français alors disponibles étaient d’une assez grande pauvreté, surtout après les réformes intervenues entre 1887 et 1907 au GODF, notamment sous l’influence d’Amiable ou de Blatin.

 

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Robert Ambelain (1907-1997)

Une fascinante complexité...

 

Avec les rituels de Robert Ambelain, tout change. Le plan de la loge revient au schéma de base des « Modernes », c’est-à-dire au plus ancien schéma symbolique de la maçonnerie spéculative : celui de la première Grande Loge de 1717, qui est aussi celui du Rite Français – mais ce changement avait déjà été opéré par Marconis à partir de 1849 apparemment et semble avoir été assez généralement repris après lui. En revanche la disposition de chandeliers est bien celle des Rites Écossais du XVIIIème siècle (une variante du Rite Moderne) : nord-est, sud-est, sud-ouest. Mais c’est dans des détails plus discrets qu’une influence nouvelle se fait sentir : une chandelle apparait sur le plateau du Secrétaire, le Vénérable tient son épée pointe haute, le pommeau contre son plateau, certaines formules sont reprises dans l’invocation qui accompagne la chaine d’union. Il est facile de trouver la source de tous ces emprunts : c’est le RER !...

Détenteur de tous les grades de ce système maçonnique d’inspiration chrétienne et d’esprit mystique, lié à la tradition martiniste du XVIIIème siècle à laquelle il était lui-même très attaché, Ambelain y avait puisé les éléments essentiels de sa régénération des rituels égyptiens des trois premiers grades, au risque de méconnaître que certains aspects des rituels du RER n’ont de sens que dans le cadre très particulier de la doctrine qui imprègne ce régime maçonnique. [2] Ces emprunts demeurent du reste de portée limitée, les détails des cérémonies de réception aux trois premiers grades reprenant par ailleurs le schéma assez classique du REAA et ignorant les nombreuses spécificités des rituels rectifiés. Seul « l’Autel du Naos », si caractéristique de nos jours des loges de Rite Égyptien, laisse encore persister un lien avec les plus anciens rituels, ceux de 1820 et de 1839.

5. Le retour des grades égyptiens.

La question des hauts grades n’avait guère préoccupé Robert Ambelain, hormis le fait qu’il avait composé, en combinant des filiations maçonniques et autres (martinistes, martinésistes, rosicruciennes et gnostiques), une impressionnante pyramide de voies initiatiques et de grades. Pour l’essentiel, l’échelle égyptienne se limitait aux grades classiques du REAA (9ème, 14ème, 18ème, 30ème, 33ème)[3], si l’on met à part le 90ème et le 95ème (souvent qualifiés de « grades hermétiques ») – ainsi que le 66ème, sporadiquement conféré selon la formule établie par Bricaud. Ce schéma demeure à ce jour celui des principales obédiences égyptiennes.

C’est dire l’importance et la nouveauté considérable de la renaissance des grades spécifiquement égyptiens, survenue lors de la création en 1999 du Grand Ordre Égyptien du Grand Orient de France. S’appuyant sur l’échelle en 33 grades du Rite Primitif de Yarker, cette juridiction a procédé à une refonte majeure et à la réécriture soigneuse de quatre grades typiques de l’échelle égyptienne. Cette mutation constitue-t-elle un tournant majeur, appelé à influencer toute la communauté maçonnique égyptienne ? Seul l’avenir le dira. Système paradoxalement à la fois déjà ancien de près de deux siècles, et pourtant encore jeune, l’échelle des grades égyptiens connaîtra sans doute sur la forme comme sur le fond d’autres évolutions.

Gageons que l’histoire des rituels égyptiens, que nous avons esquissée ici, est donc loin d’être achevée.



[1] Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm. Cérémonies et rituels de la maçonnerie symbolique, présentés et commentés par Robert Ambelain, Paris, N. Bussière, 1967.

[2] Cf. R. Dachez, J.M. Pétillot, Le Rite Ecossais Rectifié, « Que-sais-je ? » n° 3885, PUF, 2010.

[3] Rappelons que la pratique du 4ème grade (Maître secret) comme grade d’entrée dans les hauts grades du REAA ne s’est généralisée en France qu’au cours des décennies récentes. La plupart des juridictions égyptiennes, qui en fait pratiquent le REAA, se sont généralement alignées sur cette position.

09 septembre 2014

Ce qui est Ecossais n'est pas Ancien...

Je n'ai pas pour habitude, comme je l'écrivais encore hier, de rentrer dans les "polémiques" que d'aucuns créent artificiellement, depuis deux ans, pour se donner une contenance et travailler à "l'unité maçonnique française" (sic). Je ne suis pas non plus le plumitif d'une Obédience plutôt que d'une autre - même pas de la mienne !...

Mais quand un aimable blogueur, un ami de longue date au demeurant, joue à l'historien de service - certains diraient : "un historien à nous" -, alors là, pardonnez-moi, mais mon sang d'universitaire ne fait qu'un tour ! Je veux bien qu'on défende toutes les positions philosophiques ou maçonniques, et cela m’indiffère totalement -" ça nourrit le débat", comme on dit aujourd'hui quand on ne sait plus quoi dire - , mais falsifier grossièrement l'histoire par incompétence et pour se mettre maladroitement au service d'une cause de politique maçonnique, c'est juste un peu trop.

 

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La plus ancienne maçonnerie bleue est celle des Modernes :  la seule qui ait été connue et pratiquée en France au XVIIIème siècle

 

De quoi s'agit-il ?

Il parait que les Rites Écossais d'avant la Révolution ne seraient pas des Rites "modernes" - entendons : des rites dont les loges bleues respectent le schéma de la plus ancienne maçonnerie attestée, celle de la Grande Loge de Londres, fondée en 1717, dite des "Modernes" par dérision - et par antiphrase ! - par les "Anciens" autoproclamés...qui venaient d'apparaitre, en 1751.  Voyons cela...

Bien, tout ce que nous venons de voir concerne l'Angleterre. Première constatation : jamais le Rite Ancien n'a été connu, de près ou de loin, en France avant 1804. Ça fait plaisir ou pas, mais c'est un fait.

Ensuite, oui, les Rites Écossais des loges bleues "écossaises" d'avant la Révolution étaient des variantes du Rite des Modernes. Tous les marqueurs y étaient : la position des Surveillants, l'ordre des mots J et B, l'existence du tableau au centre de la loge (inconnu des Anciens). La seule différence résidait dans le positionnement des "trois grands piliers" en lieu et place des "trois grands chandeliers" du Rite Moderne, mais cela n'a rien à voir avec les Anciens, d'une part et, ensuite...il suffit de relire ce post pour constater que le ternaire Sagesse-Force-Beauté a toujours été présent dans toutes les loges, y compris et notamment dans celles des Modernes, sous une forme un peu différente. (1)

Il n'y a malheureusement aucun doute : les Rites Écossais du XVIIIème siècle, en loge bleue, ne que sont que des variantes mineures du Rite Moderne.

Mais notre historien "amateur-à-nous" commet une autre confusion, encore plus énorme.

Il nous dit que les Frères des "hauts grades" portaient leurs décors du plus haut grade en loge bleue - ce qui fut souvent vrai - et semble penser que tous pratiquaient par conséquent en loge bleue un "Rite Écossais"...

Patatras... Il ne faut pas aventurer dans les sentiers que l'on ne connait pas. Au XVIIIème siècle les loges "bleues écossaises" sont apparues dans le dernier quart du siècle, elles ont été marginales, extrêmement minoritaires - et pour la plupart ont conclu des traités d'alliance avec le GODF avant de s'y intégrer au début du XIXème siècle. L'immense majorité des Frères qui, depuis la fin des années 1730, possédaient et pratiquaient des "hauts grades écossais" en France, pratiquaient en loge bleue le Rite Moderne (pas du tout écossais), celui que l’on nommera, au XIXème siècle, le Rite Français. Celui de Louis de Clermont ou de Morin. Et, à partir de 1773, celui du Grand Orient comme celui de la Grande Loge de Clermont...qui pratiquaient tous deux exactement les mêmes rituels ! (Oui, je sais : il y a des "dignitaires écossais" qui ont du mal à avaler cette pilule).

Que l'on me comprenne bien : contrairement à ce que disent ceux qui oublient de penser avant d'écrire, je me moque des petites querelles obédientielles et je souhaite aux Frères et aux Sœurs, "confédérés" ou non, de vivre la maçonnerie qu'ils aiment...à condition de ne pas empoisonner la vie des autres, ni de passer leur temps à leur faire la leçon. C'est fatigant et discourtois. Surtout pour dire des sottises...

Pour le reste, il y a bien encore, de nos jours, des adorateurs de la terre plate, pourquoi pas d'autre chose ? Le négationnisme maçonnique a encore de beaux jours devant lui....

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(1)  Je me permets de renvoyer, sur cette question sérieuse et complexe qui vaut mieux qu'un galimatias incohérent, au livre majeur de mon maître René Désaguliers, Les trois grands piliers de la franc-maçonnerie, Paris, 1963-2011 (2ème édition entièrement refondue par R. Dachez).

 

07 septembre 2014

C'est la rentrée !

Après un intermède estival que j’ai consacré, pour l’essentiel, à la rédaction – toujours en cours ! – des deux livres que je prépare, voici venu le temps de la reprise des blogs !

Comme le savent tous ceux et toutes celles qui me font le plaisir de lire les pages que je publie ici, ce lieu n’est pas consacré à l’actualité et je m’efforce de n’y jamais pénétrer, du moins directement. Seules des mises en cause à la fois stupides et mensongères, l’an passé, m’ont forcé à une mise au point. Qu’on la relise : je crains qu’elle n’ait été terriblement prémonitoire…

Je ne chercherai pas à qualifier les mouvements qui se sont produits au sein de « PMF » (Paysage Maçonnique Français pour les initiés…) depuis lors. Les faits, malheureusement, parlent d’eux-mêmes, mais c’est toujours avec la lunette d’un historien que je souhaite porter un rapide regard sur ce qui s’est passé et sur ce qui en résulte. Une fois encore, n’en déplaise à certaines puissances « impériales », je ne suis pas partie prenante dans ces conflits, mon « camp » n’est ni d’un côté, ni de l’autre. Non par prudence ou par pusillanimité, mais simplement par indifférence pour ces stratégies de conquête du « marché » qui se trouvent à des distances cosmiques de l’idée que je me fais de la franc-maçonnerie.

Retour vers le futur

Juste quelques observations : après deux ans de désordre annoncé, suite à des négociations et des projets engagés dans la confusion et les faux-semblants, par des porte-parole qui ne disaient pas à leurs mandants tout ce qu’ils pensaient et surtout ne pensaient pas tout ce qu’ils disaient à leurs interlocuteurs européens, la situation est redevenue presque « normale » : il y a une obédience « régulière et reconnue », comme depuis un siècle en France, et de l’autre les « non-reconnues », dont certaines se disent néanmoins régulières à leur façon et d’autres se moquent de mériter ou non ce qualificatif – un peu démonétisé à force de servir à tout le monde et à tout propos…

Et pourtant le paysage est légèrement différent, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, comme l’eût dit Verlaine. L’obédience régulière et reconnue (par Londres, les USA et la quasi-totalité de la maçonnerie « régulière » mondiale), quels que soient les obstacles ou les problèmes résiduels qui demeurent sur son chemin – et quelque chose me dit qu’il y en a encore quelques-uns – a rétabli son statu quo ante mais ses dignitaires comme les Frères qui la composent n’ont pas – du moins, pas encore ! – oublié ce qui s’est passé. Je crois que toute la communauté maçonnique française doit en tenir compte.

Certains – voire certaines – d’entre nous peuvent se reconnaître dans les principes de la maçonnerie « régulière » et d’autres pas vraiment, ou même pas du tout. L’important n’est pas là. Acceptons cette situation ancienne, non comme une fatalité regrettable mais comme un fait dont il faut tenir compte. Car rien ne sera plus tout à fait comme avant : la GLNF est de nouveau enclose dans les règles de la régularité anglo-saxonne, mais en vertu d’un choix conscient et libre. Ce n’est pas celui de beaucoup d’entre nous, mais au nom de quoi le contesterions-nous ? C’est celui de la quasi-totalité de la maçonnerie mondiale, à ce jour encore. Ce n’est pas un argument pour ou contre, c’est simplement un constat. Alors considérons la situation nouvelle : la GLNF respectera les règles auxquelles elle ne peut plus ne pas souscrire, mais je pense que la crise, douloureuse et violente, choquante pour tous les francs-maçons français, aura peut-être été en partie salutaire. Aujourd’hui, le dialogue fraternel est ouvert car l’épreuve rend parfois plus humble. La GLNF, tant que les obligations qui sont les siennes ne sont pas transgressées – en clair : admettre dans ses tenues des membres d’obédiences non reconnues par elle, ou prendre part à des tenues où ils (elles) se trouveraient – ne refuse plus ni le contact, ni même les collaborations dans le domaine culturel, historique, fraternel. Pour ma part, n’ayant pas la moindre intention de rejoindre ce « camp » – quel horrible mot ! –, je ne le considère pas comme un « camp ennemi » et je sais gré aux Frères de la GLNF des efforts qu’ils ont consentis – même si tout n’est pas achevé – et des gestes qu’ils ont accomplis. Que tous les thuriféraires, parfois péremptoires, de la « tolérance » et de la « liberté absolue de conscience » en prennent acte : c’est une bonne nouvelle.

Il reste que, depuis deux ans, bien des choses ont été dites et des jugements méprisants proférés par des dignitaires de tous bords, avec des déclarations absurdes et de navrantes démonstrations  de biceps, des rodomontades affligeantes, des controverses ridicules, des changements de pied invraisemblables et, en prime, conséquence logique de la légèreté – voire de la duplicité – de certains dirigeants, le spectacle consternant des insultes échangées anonymement sur le net par des Frères qui, bien souvent, manquent cruellement des informations essentielles qu’on leur a soigneusement cachées. Tout cela fait naître un goût amer au fond de la gorge. Cela va-t-il bientôt finir ?

On le sait, la fin de l’année sera marquée par les décisions que doit prendre la Grande Loge de France. Il doit être clair que, cette fois, les déclarations ambiguës, les équivoques sémantiques dont on a abusé depuis deux ans, les déclarations contradictoires, plus rien de tout cela ne passera. Mais, si l’on peut dire, j’ai le sentiment que la messe est déjà dite : qu’on me comprenne à demi-mot, le paysage maçonnique « régulier » n’est pas prêt de changer…et les Grandes Loges de Bâle ne sont certainement pas à la veille de quitter le monde de la régularité anglo-saxonne. Il faut abandonner cette ultime illusion regrettablement entretenue par certains « responsables » qui ne se conduisent guère mieux, en maçonnerie, que la plupart de nos « responsables » politiques !  La conséquence, quant à l’issue des choses, s’impose d’elle-même…

 

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Un emblème et une devise du REAA aux USA: les choses sont claires...

 

Regard d’histoire

Que tout cela soit une occasion de réfléchir sereinement sur les événements et de les situer, non pas dans la confusion de l’actualité chaude, mais dans la longue durée de l’histoire maçonnique française.

Pour des raisons qui tenaient à l’histoire politique, sociale et religieuse du pays, la France a développé au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle, un modèle maçonnique nouveau vers lequel elle a entrainé quelques autres pays : des pays latins pour l’essentiel, et même pas unanimement. Ce modèle, simplifiant la vision « initiatique » de la maçonnerie, voire la gommant délibérément, a fait une place majeure à la politique (que l’on a depuis lors pudiquement rebaptisée « préoccupation sociétale »). Toutes les obédiences de l’époque – c’est-à-dire deux : le Grand Orient de France, et le Suprême Conseil qui a donné naissance en 1894 à la Grande Loge de France, à l’initiative de Frères progressistes révoltés contre le pouvoir des hauts-grades – ont emprunté cette « voie substituée », comme disait l’inoubliable Jean Baylot, qui commença comme Grand Maître adjoint du Grand Orient et finit Grand Prieur du RER à la GLNF ! Cette communauté de vue était telle que, juste après la guerre, il fut sérieusement question de fusionner les deux obédiences…

Au début des années 1950, une évolution s’est produite, aussi bien au GODF qu’à la GLDF, n’ayons garde de l’oublier. Tandis que rue Cadet on commençait à revenir à des rituels plus substantiels, rue Puteaux on s’intéressait aux « Principes » de la maçonnerie anglo-saxonne. Les deux obédiences n’ont réellement commencé à diverger dans leurs approches qu’à partir de cette époque, et pas avant. L’une, le GODF, est resté sur « l’aile gauche », avec des poussées extrémistes de temps à autre – comme sous l’ahurissante grande maîtrise de Fred Zeller –, tandis que l’autre, la GLDF, a suivi un chemin lent, un peu cahoteux, souvent incertain, vers la « régularité » et la « tradition initiatique et spirituelle », sans jamais formuler clairement ce que tout cela voulait dire. Mais on n’échappe pas à son ADN. Celui de la GLDF n’est pas celui de la GLUA. La complexité du sujet se redouble ici avec le fait que la GLDF est entièrement dédiée au REAA – quand ses Grands Maîtres le disent, ils oublient généralement, et passent gentiment au rouleau compresseur, les quelques loges  qui y travaillent au RER, au Rite Français Traditionnel ou à Emulation…

Partout dans le monde, et notamment dans le monde anglo-saxon, le REAA n’est qu’un Rite de hauts grades qui commence théoriquement au 4ème grade – je n’arriverai jamais à utiliser le fâcheux anglicisme de « degré » pour traduire « degree » – mais en pratique seulement au 18ème auquel on est directement reçu après le grade de Maître. Les grades bleus sont soit ce que l’on nomme – abusivement – en France Emulation ou l’une de ses variantes, soit le Rite d’York qui en est assez proche. Au XVIIIème siècle, en France, les Frères qui possédaient des grades « écossais » travaillaient en loge bleue selon le Rite Moderne, qu’on nommera plus tard le Rite Français.

Mais surtout, aux USA comme en Grande-Bretagne, les Suprêmes Conseils n’ont aucune capacité d’agir à l’égard des Grandes Loges sur lesquelles elles sont fondées. Les choses vont même plus  loin : ce sont les Grandes Loges qui reconnaissent les juridictions de hauts grades, et pas l’inverse. Le mythe des « 33 grades  de l’Ecossisme », entretenu par ses textes fondateurs – eux-mêmes mythiques puisque grossièrement  antidatés – n’a jamais eu de réalité qu’en France, entre 1821, date de création réelle du Suprême Conseil de France actuel, et 1894, quand fut établie, sous la contrainte, la Grande Loge de France. Mais ce modèle unique, alors jamais vu ailleurs, et dont on mesure sans peine les inconvénients, n’a jamais déserté l’esprit des hauts dignitaires « écossais ». On voit aujourd’hui où cela mène.

Quand on dit : « Le REAA est le Rite le plus pratiqué au monde», on commet une lourde erreur – ou un gros mensonge – par omission : il faut ajouter, pour que ce soit vrai : « …dans les hauts grades ». Et tout le problème français est là.

 

 

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Une vision américaine des hauts grades :

un Knight Templar vaut un 33ème...

et tout repose sur le Rite d'York

 

Que des Frères – mais aussi des Sœurs, qui qu’en grogne dans le « REAA-qui-est-fait-pour-les-hommes » (sic) ! – s’accomplissent dans les grades bleus du REAA est une chose respectable en soi, elle n’appelle aucun commentaire. Mais que la volonté impérialiste de ce Rite, dont les plus « hauts gradés » considèrent volontiers, et enseignent à leurs adeptes, que c’est le seul Rite maçonnique digne de ce nom, ait conduit aux désordres qui ont pendant deux ans pollué l’atmosphère de la maçonnerie française, est une chose beaucoup moins acceptable.

Peut-être la solution – radicale mais logique – serait-elle de constituer un espace de « régularité écossaise », où les Frères et les Grandes Loges qui se reconnaissent exclusivement dans ce Rite, se parleraient d’eux-mêmes à eux-mêmes, sans être forcés de parler aux autres, en France comme à l’étranger ? Nul doute que la Grande Loge de France, par son indiscutable antériorité en ce domaine, et son Suprême Conseil, par l’ampleur de ses ambitions historiques, seraient conduits à y jouer un rôle majeur, voire prépondérant.

Juste une occasion d’appliquer ce principe de bon sens, valable dans tous les domaines de la vie de chacun d’entre nous : ne vaut-il pas mieux faire ce qu’on sait faire – et qu’on aime –, plutôt que de s’essayer à ce dont on est incapable – et en quoi on ne croit pas vraiment ?...