Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14 septembre 2013

Illuminisme et franc-maçonnerie (1)

On a depuis longtemps souligné, à juste titre, l’ambivalence philosophique et religieuse du XVIIIème siècle. D’un côté, c’est le Siècle des Lumières, celui des Philosophes qui, de Montesquieu à Diderot, en passant par Helvétius, d’Holbach ou Voltaire [1] – pour ne citer que les plus illustres – vont promouvoir le règne de la raison et de la tolérance, en politique comme en religion, et annoncer la venue d’une humanité plus libre et plus « éclairée ». Toutefois, ce n’est qu’une face du XVIIIème siècle : ce siècle sans pareil fut aussi celui des « Illuminés ».

1. Les sources de l’illuminisme  moderne. - L’illuminisme plonge ses racines premières dans le grand bouleversement intellectuel de la Renaissance et de la Réforme. Au moment où « la tunique sans couture du Christ » va être déchirée en deux, entraînant pendant quelques décennies une considérable effervescence religieuse à travers toute l’Europe, et dans le sillage de la redécouverte de la « sagesse antique »  sous sa forme essentiellement néo-platonicienne avec le fameux Corpus Hermeticum, traduit à Florence à la fin du XVème siècle, une nouvelle vision de la spiritualité va se former et se répandre.

Fama.jpgAlors que tout au long du XVIème siècle, en Italie, va se développer une kabbale chrétienne, en Allemagne, au XVIIème siècle, à la suite de Paracelse et de sa philosophie naturelle sur fond de médecine spagyrique, va naître le mouvement de la Rose-Croix révélé par les Manifestes publiés entre 1614 et 1616 [2], où surgissent des secrets enfouis et des discours « alchimisants », ainsi que la théosophie chrétienne avec son père fondateur, le cordonnier silésien Jacob Boehme (1575-1624).

Jacob-Böhme.jpg

Jacob Boehme (1575-1624)

Le père de la théosophie chrétienne

Jusqu’au XIXème siècle encore, toute une littérature, d’une incroyable profusion, va témoigner de la fermentation et des influences croisées de ces doctrines,  polymorphes et parfois contradictoires mais toutes consacrées à l’exploration des ressorts les plus intimes de l’âme humaine et de la présence de Dieu en l’homme comme en chaque chose.

Une telle atmosphère était surtout propice à la formation de petits cénacles, de groupes discrets et plus ou moins fermés, détenteurs des « vrais secrets » et les transmettant à des disciples choisis, et non plus à la multitude des fidèles de toutes confessions, désormais rejetés au rang de simples « profanes ». Pour ces raisons, du reste, ces milieux et ceux qui s’exprimeront en leur nom rencontreront très tôt l’hostilité des églises constituées. Ainsi de l’Eglise catholique, censurant en Italie Pic de la Mirandole pour ses Conclusions  dès  1487,  pourchassant en Espagne les Alumbrados,  et plus tard condamnant la franc-maçonnerie elle-même, excommuniée dès 1738.  Mais il en ira de même dans certaines églises protestantes, le luthéranisme « orthodoxe » se dressant ainsi, en Allemagne, contre les « enthousiastes » comme Valentin Weigel ou Caspar Schwenkfeld.

2. Illuminisme et franc-maçonnerie au XVIIIème siècle. - La jeune franc-maçonnerie, bien que conformiste, établie et classiquement anglicane en Angleterre, adoptera d’emblée un statut atypique et volontiers suspect aux yeux des autorités sur le Continent. Influencée par les Lumières, elle y portera souvent les idées nouvelles, mettant en œuvre dans ses loges  une fraternité égalitaire et chantant les louanges d’une tolérance « douce et éclairée ». Mais elle subira aussi, en raison de sa structure même,  l’influence des courants mystiques marginaux qui chercheront à y trouver refuge et elle deviendra peu à peu le réceptacle naturel de certaines spéculations hermético-kabbalistiques et ésotériques au sens large : ainsi va se constituer, au tournant des années 1770-1780, l’illuminisme maçonnique proprement dit.

La démarcation entre les deux types de maçonnerie que l’on vient de mentionner est du reste imparfaite : par son usage du symbolisme et de l’allégorie, l’univers maçonnique ouvre naturellement la porte aux spéculations d’une « imagination active » [3], mais l’illuminisme maçonnique trouvera son terrain d’élection dans certaines loges, au demeurant peu nombreuses, notamment en Allemagne puis en France.

Par contraste avec les Lumières (de la raison) – sinon par opposition à elles –, l’illuminisme met l’accent sur la recherche d’une « lumière intérieure », d’un feu secret d’origine divine, enchâssé et comme mis en veilleuse au plus profond de l’homme mais susceptible de s’éveiller à nouveau et de reprendre tout son éclat, pourvu que l’on reçoive l’enseignement approprié. Cette dimension doctrinale, de préparation intellectuelle en quelque sorte, est au demeurant l’un des traits distinctifs les plus nets de l’illuminisme par rapport à une démarche purement mystique avec laquelle il ne faut pas le confondre – même si des passerelles existent incontestablement entre ces deux voies.

Dès la fin du XVIIIème siècle, les représentants les plus marquants de l’illuminisme seront des Allemands, et l’on doit ici souligner les fortes connexions qui existent avec le premier romantisme et la Naturphilosophie [4] qui s’épanouira en Allemagne au XIXème siècle.

Parmi eux, il faut notamment citer Friedrich Christoph Oetinger (1702-1780), piétiste souabe qui conjuguera la théosophie juive de la Kabbale et celle de Boehme, ou plus tardivement Franz von Baader (1765-1814), également fils spirituel de Boehme mais aussi de Louis-Claude de Saint-Martin – que nous retrouverons plus loin – et lecteur passionné de Maître Eckhart, alors quelque peu oublié. On ne doit pas non plus passer sous silence des noms tels que celui de Karl von Eckarthausen (1752-1803), plus nettement marqué que les précédents par la philosophie occulte de la Renaissance, ou de Niklaus Anton Kirchberger (1740-1817), en quête d’une « Eglise intérieure » faisant rayonner la Divine Sophia, au-delà des confessions établies et de leurs dogmes.

Saint_Martin.jpg

Louis-Claude de Saint-Martin (1740-1803)

La plus haute figure de illuminisme chrétien au XVIIIème siècle

Toutefois, bien qu’il ait existé en Allemagne, dès 1779-1780, un Rite maçonnique des Chevaliers de la Vraie Lumière puis des Frères Initiés d’Asie, dont les rituels trahissaient une forte influence de la Kabbale mais ne vécut que quelques années à peine, force est de constater qu’aucun des grands noms évoqués plus haut ne semble avoir jamais été lié à la franc-maçonnerie, si ce n’est par des correspondances éventuelles avec quelques amis francs-maçons.  (à suivre)



[1] Parmi eux trois sont sûrement francs-maçons et deux autres (d’Holbach et Diderot) auraient pu l’être et ont parfois été présentés comme tels, sans preuve formelle cependant.

[2] Cf. R. Edighoffer, La Rose-Croix, « Que sais-je ? » n°1982, Paris, PUF, 2005. 

[3] L’une des caractéristiques majeures de la pensée ésotérique selon A. Faivre (L’Esotérisme, « Que sais-je ? » n°1031, Paris, PUF, 1995) et la voie d’accès au mundus imaginalis, pour reprendre l’expression forgée par H. Corbin.

[4] Vision globale du monde s’efforçant de reconstituer une unité perdue entre foi et savoir, elle porte sur la nature un regard religieux, voire gnostique. En quête de l’Ame du monde, sa cosmologie s’achève en eschatologie. A la Renaissance, Paracelse (1493-1541), pour qui l’amour de la création rendait possible la connaissance de Dieu, fut sans doute le grand précurseur de cette philosophie de la nature vivante.  Cf. notamment : A. Faivre, Philosophie de la Nature (Physique sacrée et théosophie, XVIIIè-XIXè siècles), Paris, Albin Michel, 1996.

Parole et silence

C’est un usage constant des loges maçonniques, en France, que d’imposer à l’Apprenti d’observer le silence pendant tout le temps de son apprentissage – généralement un an ou plus. Une fois encore, cette pratique n’est pas d’une grande ancienneté.

Au XVIIIème siècle elle n’avait tout simplement pas lieu d’être car, le plus souvent, on était reçu « Apprentif-Compagnon » en une seule soirée et une seule cérémonie. Mais, plus tard, quand l’habitude a été prise de séparer les trois grades – même si les délais de progression sont restés assez courts, de l’ordre de quelques semaines, pendant encore très longtemps – ladite « règle du silence » n’eut pas davantage de sens. En effet, le silence suppose que, normalement, on s’exprime, notamment pour présenter des planches ou prendre part au débat qui les suit. Or, cette conception du travail maçonnique est récente : au XVIIIème et encore en grande partie au XIXème siècle, ce travail consistait essentiellement dans la pratique des cérémonies et la lecture des catéchismes traditionnels. De loin en loin quelques « discours » distrayaient la loge, mais c’était plutôt rare. Du reste, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis par exemple, la situation n’a pas changé : on n’y lit pas de planches en loge et la règle du silence des Apprentis y est donc inconnue, car sans objet…


orateur.jpg


Toutefois, puisque la pratique maçonnique française  est d’entendre des exposés et de les commenter, le silence des Apprentis est-il pour autant à rejeter ? Sans doute pas, à condition de ne pas en faire un dogme. Sachant que l’on n’a pas à faire à un « usage immémorial » du Métier, mais à une règle introduite dans l’histoire récente de l’Ordre, on peut l’observer avec mesure. Il est assez normal, du reste, qu’un Apprenti ne songe pas immédiatement à demander la parole en loge : son silence est le plus souvent spontané, sans qu’on ait besoin de le lui imposer. Mais il peut arriver, en revanche, notamment lorsque la loge étudie les Instructions de son grade, qu’un Apprenti soit même invité par le Vénérable à donner son sentiment, à exprimer son avis, à poser des questions. 

Il faut donc voir dans le silence des Apprentis un usage naturel qui exprime une réserve bien compréhensible de la part d’un membre récemment admis, mais nullement un landmark intangible dont la transgression serait une faute impardonnable. Ce qui est impardonnable, en maçonnerie comme ailleurs, c’est d’appliquer sans discernement des usages arbitraires dont on ignore l’origine et le sens.

On peut en rapprocher la règle qui veut qu'on ne prenne la parole qu'une seule fois au cours d'une Tenue. Curieusement, on entend généralement un Frère citer ladite règle pour justifier le fait qu’il va prendre la parole pour la deuxième ou la troisième fois, ce qui semble démontrer qu'elle n’est invoquée, ou presque, que lorsqu’on la transgresse !

Toujours est-il que cette volonté, récente dans l’histoire de la maçonnerie française, de réguler le discours en loge, s’inscrit dans un contexte bien particulier. Lorsqu’une loge nombreuse engage un débat nourri sur un sujet éventuellement sensible – de nature politique, économique ou sociale , on peut concevoir qu’un strict encadrement du débat soit nécessaire, à la fois pour que tous puissent s’exprimer – car en ces domaines profanes, tout le monde a « quelque chose à dire – et pour éviter qu’il ne dégénère en discussion polémique. Une des façons d’y procéder est alors de limiter le nombre de prises de parole – comme, dans les assemblées parlementaires, on limite le temps de parole...

Toutefois, dans le cadre du travail normal d’une loge qui se consacre exclusivement à l’aspect philosophique, spirituel et moral du corpus symbolique et rituel de la franc-maçonnerie, une telle prescription n’a en revanche guère de sens. C’est, au contraire, dans l’addition des sentiments de tous les Frères (ou Sœurs), de leurs approches successives, de leurs hésitations et de leurs questions, que la loge élabore collectivement, par un travail progressif, un sens plus éclairé dont chacun peut tirer profit. Certes, il faut éviter de donner aux bavards impénitents trop d’espace – et donc trop de temps ! – mais une remarque bienveillante du Vénérable Maître y pourvoira.

Une règle plus judicieuse encore serait peut-être de rappeler à certains, de temps à autre, qu’on n’est même pas obligé de prendre la parole une seule fois !…

11 septembre 2013

Tradition orale contre "trahison écrite" ?

La prohibition de toute forme de communication passant par une version écrite et, d’une façon plus générale, la préférence de principe accordée à une prétendue « tradition orale », sont des lieux communs maçonniques. Ils n’en sont pas moins très contestables. Ils s’illustrent dans les loges de deux façons.

Tout d’abord pour tenter de contrer tous ceux qui s’efforcent de comprendre et de restituer, autant que possible, les sources de la franc-maçonnerie afin de mieux saisir son intention fondatrice. Ceux-là sont communément amenés à mettre à terre tout un fatras de légendes sans valeur – comme celles qui impliquent les Templiers ou les Rose-Croix par exemple. Ils s’appuient pour cela sur tout un ensemble de documents écrits légués par l’histoire. On leur oppose alors, quand on tient trop fortement à ces légendes, un argument définitif – ou supposé tel : la tradition orale ! Il consiste à dire, en quelques mots, que si aucun document ne vient conforter l’authenticité de ces récits, c’est parce qu’on ne les a jamais confiés à la plume, du moins jusqu’à une certaine époque, et qu’ils relèvent donc de la tradition orale dont les initiés, c’est-à-dire justement ceux qui sont favorables aux thèses qu’ils renferment,  sont naturellement dépositaires. Une variante de cette esquive assez dérisoire est l’argument du « document perdu ». On affirme – dérogation à la tradition orale – qu’une source écrite attestait initialement la véracité d’une thèse historique contestée, mais qu’elle a été perdue et qu’il faut donc lui substituer la tradition orale ! Autant dire que ces arguties sont insignifiantes. Il faut souligner au passage qu’elles reposent sur la certitude que la tradition orale est infaillible – on cite communément les griots africains et leurs contes interminables restitués par cœur[1], sans qu’on sache quel rapport ils peuvent entretenir avec la tradition maçonnique qui ne connaît rien de comparable : où sont en effet les porte-parole accrédités de cette tradition ?

Griot.jpg

Le griot : dépositaire infaillible de la tradition orale ?

Or, l’expérience ethnographique, chez les peuples premiers qui ignorent l’écriture, a depuis longtemps amplement démontré que, dans de telles communautés, les récits traditionnels qu’aucun document écrit ne peut fixer se modifient et s’altèrent naturellement, au fil du temps, dans des proportions parfois considérables. Comme le remarquait déjà Marcel Mauss, il n'existe pas dans une culture orale de « version originale » d'un récit ou d'un rituel, mais une multiplicité de versions concurrentes dont chacune peut prétendre à la légitimité traditionnelle. De son côté, l'ethnographe Laura Bohannan a montré que l'apprentissage des généalogies, dans les sociétés sans écriture, implique nécessairement de nombreuses modifications inconscientes dont le résultat principal est d'adapter constamment le savoir généalogique à l'état des rapports sociaux et, bien entendu, d'éviter l'inflation du savoir généalogique. Autrement dit, l'historien ou l'ethnologue trouvent les documents dignes d'attention dans la mesure où ils sont fidèles à une énigmatique version originale; à l'inverse, les sociétés traditionnelles, qui n'ont aucun autre moyen de comparer les versions, ne jugent un document « authentique », « fidèle » ou « inchangé » que si elles l'ont jugé pertinent au préalable.[2] L’invocation de la tradition orale n’est donc, en définitive, qu’un procédé désespéré et bien fragile, une échappatoire dont on se sert quand on ne dispose plus d’aucun autre argument.

Il existe cependant une autre application, en maçonnerie, de cette conception de « l’oralité ». Il arrive que l’on proscrive en loge de « lire » un texte écrit, au motif que « l’esprit vivifie et que la lettre tue » et parce que seule la vérité spontanée de l’expression orale serait audible dans la loge.[3] Cette prohibition peut prendre des formes plus modérées mais son fondement, jamais explicite, reste pourtant le même : une incontestable méfiance de nombreux de francs-maçons à l’égard de ce qu’ils nomment volontiers « l’intellectualisme », lequel imprègnerait toujours plus ou moins un document écrit, rédigé. Ce point est suffisamment important pour justifier un commentaire incident.

Une loge n’est pas une académie, pas plus qu’elle n’est une école du soir. Elle est parfois pompeusement qualifiée d’association philosophique ou de société de pensée mais elle se veut avant tout, le plus souvent, un Ordre initiatique, même si sous cette appellation certains de ses membres, en fonction de leur sensibilité, entendent aussi ne pas délaisser d’autres aspects possibles, comme celui d’un « laboratoire d’idées » par exemple.

presto_illustrations.jpg

Illustrations of Masonry de Preston : le fondement du savoir maçonnique anglais - d'innombrables pages de texte dense....

Dans tous les cas, et quelle que soit l’option choisie – d’une certaine maçonnerie « illuministe et mystique » connue au XVIIIème siècle, à la maçonnerie « libérale et adogmatique » ainsi dénommée depuis quelques décennies –, il n’est pas de travail maçonnique digne de ce nom qui ne consente à un certain effort intellectuel. C’est grâce à des approches diversifiées, par l’approfondissement des instructions et des textes traditionnels, lus, relus et comparés, par leur mise en perspective dans l’histoire de le pensée, par leur confrontation aux thématiques majeures des grands courants philosophiques et religieux, et parallèlement à leur mise en œuvre rituelle qui reste à la base de tout, que les enseignements maçonniques – lesquels sont toujours, soulignons-le avec force, des enseignements écrits – donneront leur pleine mesure et permettront à chacun d’en tirer pour soi-même le meilleur profit.

Objectera-t-on que tous ne peuvent pas conduire cette recherche ? Sans doute, mais précisément la franc-maçonnerie a substitué à la recherche solitaire une approche plurielle et collective où chacun apporte sa compétence et sa sensibilité à la quête de tous. C’est dans la synthèse subtile – on oserait presque dire : dans « l’alchimie mystérieuse » – qui s’opère au sein de la communauté vivante de la loge, que réside le plus précieux de la méthode maçonnique. C’est en cela qu’une loge n’est ni un cercle d’érudits – quoique ces derniers puissent y apporter leurs lumières –, ni un cénacle mystique – bien que les âmes ferventes puissent y cultiver leur flamme –, ni un simple groupe amical – même si la chaleur des cœurs sincères y entretient l’indispensable amour fraternel.

Cela nous ramène à la ridicule et vaine opposition entre la tradition orale surestimée et la tradition écrite caricaturée : on ne peut récuser l’exigence intellectuelle de la maçonnerie – qui suppose en effet la rigueur des sources écrites et des travaux rédigés –, pas davantage qu’on ne peut en exclure l’ardeur spirituelle ou l’amour fraternel – qui, c’est vrai, s’expriment tous deux bien plus dans les mots et les actes que dans les livres.

Des êtres à la fois éclairés (par la raison), illuminés (par l’esprit) et enflammés (par la fraternité), sans renoncer à aucune de ces qualités – et tant pis si certains de ces mots font sourire ou font peur : tels pourraient se présenter les francs-maçons s’ils se situaient toujours à la hauteur de leur idéal.  



[1] Dans le même esprit, on a parfois aussi invoqué la tradition médiévale des troubadours avec leurs longs poèmes chantés, en oubliant que nombre d’entre eux furent de grands seigneurs, des clercs ou des bourgeois cultivés, voire érudits, et non pas exclusivement – contrairement à un cliché très répandu – de pauvres jongleurs ambulants ne sachant « ni lire ni écrire » (cliché notamment hérité de la « peinture troubadour » d’un certain XIXème siècle, rêvant un Moyen Age de pure fantaisie)…

[2] Cf. sur tous ces points : P. Boyer, « Tradition orale », in Encyclopaedia Universalis, 2009.

[3] C’est d’autant plus singulier que le synonyme courant du mot « planche », pour désigner un exposé fait en loge, est « planche tracée » !…