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15 décembre 2013

Admettre un candidat...

1. L’anonymat des enquêtes

La procédure d’admission des membres d’une loge fut longtemps extrêmement simple et généralement assez rapide. Elle le demeure dans de nombreux pays et singulièrement dans le monde anglo-saxon. Le trait principal du processus est qu’il possède un caractère « public » au sein de la loge, ce qui veut dire qu’à aucun moment on ne couvre de l’anonymat, ni l’identité de celui qui présente un candidat, ni celle des « enquêteurs » qui vont examiner son cas. Sur ce dernier point, du reste, la raison en est simple : il n’y a pas d’enquête en Angleterre !

En réalité, tous ces  « petits mystères » ont été introduits très tardivement dans la pratique maçonnique française, et ne remontent guère au-delà du XXème siècle. Comme beaucoup d’usages maçonniques qui semblent parfois aux maçons français d‘une grande ancienneté, ils se rapportent en fait à l’époque, sous la IIIème République, où la franc-maçonnerie, devenue pour l’essentiel un parti politique – fût-ce au sens le plus noble du terme – fut souvent le champ clos d’affrontements qui se prolongeaient ou se préparaient dans des réunions publiques ou au sein des assemblées politiques, là où la franchise et la transparence n’ont jamais établi leur règne. C’est également à cette époque qu’une certaine pratique de la discrétion, sinon encore du secret, vint à s’introduire dans le comportement des francs-maçons pour mieux protéger leur action. Le pire est que, dans le sein même d’une loge, les Frères en soient  venus à se cacher des choses !

Dans la pratique de la LNF, ces usages ont cessé. Les candidats sont présentés par leur parrain – s’ils en ont un – à visage découvert. Le Vénérable Maître, et lui seul, décide s’il convient de donner suite à cette proposition. La Conférence des Maîtres en parle alors, sans mystère, et les trois enquêteurs (parfois moins, d’ailleurs) sont désignés en commun au vu et au su de tous et présentent le résultat de leurs entretiens oralement et devant tous les autres Maîtres. Si une objection s’élève, elle est énoncée au grand jour : on sait qui parle et pourquoi. Les Frères ne redoutent entre eux ni manœuvre ni faux semblant, sinon la fraternité maçonnique n’aurait plus aucun sens. La franc-maçonnerie ne gagne rien à des cachotteries qui sont au mieux ridicules, au pire malsaines et traduisent soit une crainte – mais de quoi ou de qui au juste ? – soit une méfiance à l’égard des autres membres, ce qui est la négation même de l’esprit maçonnique.

2. Le passage sous le bandeau

Encore un autre usage « traditionnel » dont l’introduction dans la pratique maçonnique est contemporaine de la procédure d’enquête qui vient d’être décrite et pour les mêmes raisons. Il fallait « voir » qui était le candidat sans qu’il puisse lui-même « dénoncer » ses juges. Cette coutume a ses partisans, voire ses « aficionados », car elle tourne volontiers à la corrida…

Plus sérieusement, on pourrait admettre qu’un ultime interrogatoire devant la loge assemblée soit utile, notamment lorsque les enquêtes restent indécises, mais cas sont rares et cette mise en scène a d’autres caractères moins sympathiques. Elle donne trop souvent lieu à des démonstrations de « finesse » de la part de Frères qui veulent faire chuter le candidat, ou le mettre en difficulté, ce qui est facile lorsque l’on pose sur ses yeux un bandeau en lui disant d’un ton volontairement  sévère que « tout se passera bien s’il répond aux questions qu’on lui pose » !

On ne pratiquait rien de tel au XVIIIème siècle. C’était jugé inutile. [1] La LNF ignore cette épreuve qui peut prendre un tour franchement désagréable et n’apprend rien de vraiment essentiel sur un candidat, quoi qu'en on dise : qui est réellement en possession de lui-même dans cette situation artificielle, déstabilisante et presque humiliante ?

L’engagement maçonnique résulte d’une affirmation solennelle, d’une résolution claire et de l’acceptation tout aussi dépourvue d’équivoque de la part de la loge qui les reçoit. Cela peut et doit se faire sans feinte et sans artifice.

3. Les boules blanches et les boules noires

Encore un jeu de loge très populaire ! Rien de bien grave, au demeurant : une simple procédure de scrutin, un peu originale - et d'ailleurs d'origine anglo-saxonne, pour le coup !. Cette façon de voter est du reste passée dans le langage courant par le biais de l’expression d’origine anglaise bien connue : « blackbouler », c’est-à-dire éliminer par une « boule noire » un candidat.

Le scrutin par boules blanches et noires donne souvent lieu, dans les loges, à des scènes cocasses qui détendent un peu l’atmosphère après l’audition de rapports d’enquêtes ou un passage sous le bandeau : surtout quand le décompte des boules blanches et celui des boules noires – qui permet une contre-épreuve et la vérification immédiate du vote – ne coïncident pas, source d’interminables palabres, ou quand une ou plusieurs boules s’en vont joyeusement rouler sous les colonnes…


"Blackbouler": pour certains, le meilleur moment de l'année...

 

La LNF ignore cet usage, au demeurant assez innocent mais finalement inutile : selon nos règles, tous les votes devant être acquis à l’unanimité, ils sont simplement effectués à main levée. Si un Frère s’oppose à l’admission d’un candidat, il en explique loyalement les raisons. Si, au terme du débat qui s’engage, il modifie son point de vue, le candidat est admis. S’il le maintient, l’admission est refusée. On ne saurait en effet recevoir un candidat dans une loge contre le sentiment d’un membre plus ancien, fût-il le seul, si ses raisons sont claires et franchement exprimées. Toutefois, si ces raisons sont floues ou paraissent manifestement insuffisantes, la loge peut passer outre. La LNF n’a jamais eu à regretter ces dispositions appliquées sans faille depuis sa fondation.



[1] Il est vraisemblable que « l’épreuve sous le bandeau » provienne d’un usage en effet plus ancien, consistant à interroger une dernière fois le candidat, admis dans la loge physiquement préparé et donc les yeux bandés, lors de la cérémonie d’initiation, pour s’assurer qu’il était bien prêt à subir la cérémonie qui allait commencer. Mais le sens de cette procédure était tout différent : d’abord parce que le candidat avait été définitivement accepté auparavant, ensuite parce que ce n’était pas pour le juger une dernière fois mais pour qu’il s’assure lui-même de la fermeté de sa détermination et pour lui rappeler son entière liberté de se retirer à tout moment. Ces questions introductives à l’initiation proprement dite ont du reste subsisté dans la plupart des Rites, dont ceux pratiqués par la LNF.

Les élections en loge, ou la course aux honneurs...

Les élections sont, dans la plupart des loges, un événement annuel, généralement vers le mois de juin, qui se passe dans la bonne humeur et le calme. Il s’agit de renouveler les Officiers de la loge et, tous les trois ans en moyenne, de remplacer certains d’entre eux devenus inéligibles à un nouveau mandat, à commencer par le Vénérable.

Il se peut néanmoins que ce moment de la vie d’une loge donne lieu à des compétitions un peu navrantes où s’expriment parfois des ambitions trop humaines.

Il faut dire que la procédure peut être longue et prend souvent une tenue entière lorsque des listes de candidats à chaque Office sont présentées et donnent lieux à des votes séparés et successifs, en règle par scrutin à bulletin secret. Le pire est à redouter, non seulement quand des candidats qui avaient nourri de grands espoirs sont finalement battus, mais aussi quand un Vénérable, par exemple, se retrouve flanqué de Surveillants qui ne correspondant pas à son choix. Soulignons cependant, une fois encore, que le bon sens des maçons l’emporte généralement et que des arbitrages officieux et une préparation soigneuse des élections permettent habituellement d’éviter ces déboires. Ils demeurent cependant toujours possibles.

 

Au sein de la LNF, la procédure est très différente. Seul le Vénérable est élu et il l’est sur proposition de la Conférence des Maîtres qui se réunit avant la tenue. Là ne règne qu’une discussion sereine et, le plus souvent, le choix est consensuel : il n’y a donc qu’un seul candidat élu par vote à main levée.

Lorsque le Vénérable est élu, il forme son Collège.  Cela veut dire que, dans un échange de vues libre et ouvert avec les Maîtres, il propose un titulaire pour chaque poste. Lorsque la discussion est achevée, quelques ajustements éventuellement effectués, la liste est arrêtée. Théoriquement seul le Trésorier et le Tuileur sont également élus, en dehors du Vénérable, dans les loges du Rite Anglais. En 30mn environ, tout est réglé, et la tenue peut suivre normalement.

Toute procédure a ses avantages et ses inconvénients. On a pu plaider que l’unanimité et le consensus ainsi que l’absence de secret des votes sont une manière subtile d’imposer la loi du (ou des) plus forts(s), sans transparence réelle. C’est théoriquement possible, mais cela vaut sans doute mieux que des affrontements regrettables, et parfaitement visibles, pour la première place dans la loge, et de longues séances électorales qui font un peu trop penser aux compétitions peu glorieuses du monde profane.

En fait, la « course aux honneurs » n’existe pas dans les loges de la LNF – pas davantage que dans ses instances nationales. Une maçonnerie qui ne dispose ni de grands effectifs, ni de biens importants, et qui ne cherche pas la popularité ni l’influence à l’extérieur, n’attire que des Frères désireux de la servir et non de s’en servir. Ils sont les bienvenus…

08 novembre 2013

Faut-il porter le tablier "au-dessus" ou "au-dessous" ?...

 

Voilà une question qui revient parfois et suscite, dans les parvis comme dans les loges, des commentaires variés et des hypothèses parfois désopilantes, il faut bien l’avouer…

Heureux celui ou celle pour qui la réponse à une telle interrogation va de soi et peut se trouver par la seule « logique » prétendue que l’on attribue au travail maçonnique. Je ne partage pas du tout ce point de vue, on s’en doute. Même si le sujet peut sembler assez mince – et il l’est en effet ! – il est aussi exemplaire, si l’on veut bien y songer un instant. La façon de le traiter peut être indifféremment rigoureuse ou fantaisiste, comme n’importe quel autre sujet relatif à la maçonnerie – où l’amateurisme règne souvent en maître. Prenons-le ici comme un sujet « sérieux » et appliquons la méthode qui a fait ses preuves : la preuve par l’histoire et par les documents…

En premier lieu, de quel tablier parlons-nous ? Si l’on se réfère à la période opérative – comment ne pas commencer par-là ? – le tablier des tailleurs de pierre ne ressemblait que de très loin à celui des modernes francs-maçons. Fait de peau – pas comme ceux qui, de nos jours, ne sont faits que de « simili-cuir », ni du reste comme les délicats tabliers du XVIIIème ou du XIXème en satin ! – il était à la fois résistant et protecteur, donc très long. Il nous en est resté de nombreux témoignages iconographiques. De tels tabliers sont du reste encore en usage de nos jours dans les métiers de a pierre – et quelques autres, comme ceux de la charpente ou de la forge.

 

 

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Tailleurs de pierres bavarois (début XVIème siècle)

 

Mais les mêmes sources documentaires nous montrent aussi des ouvriers qui ne portent manifestement aucun tablier, la solidité et l’épaisseur de l’étoffe des leurs vêtements de travail paraissant suffire (?) à la protection conférée par le tablier. Certes, on peut invoquer la liberté de l’artiste ayant « oublié » ce détail vestimentaire, mais comment récuser aussi l’exactitude éventuelle de ces représentations, vu leur fréquence ?

 

 

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Quoi qu’il en soit, Tour donne à pense que les plus anciens maçons « non opératifs » anglais ont arboré de tels tabliers. Le plus bel exemple – et l’un des plus anciens – est figuré vers 1736 dans la fameuse œuvre de Hogarth, La Nuit,  qui dépeint le pittoresque spectacle d’un Vénérable passablement aviné, raccompagné chez lui par un Tuileur complaisant.

 

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Dans des textes maçonniques du début du XVIIIème, on trouve d’autres gravures qui illustrent la mythologie opérative de l’Ordre maçonnique et le grand tablier de tailleur de pierre y figure en bonne place.

Des tabliers de ce modèle nous sont du reste parvenus et l’on peut en admirer quelques exemplaires dans le musée de la Grande Loge Unie d’ Angleterre à Londres.

Il est clair que ces tabliers se mettent sur les vêtements que l’on porte et qu’ils protègent – ainsi que celui qui en est revêtu – par leur grande capacité d’enveloppement.

Mais à mesure que l’on s’est éloigné de cette référence opérative, les tabliers se sont modifiés de deux manières : en premier lieu, leur taille a été réduite – de vêtement de travail, ils sont devenus des éléments du « décor » d’un maçon. Ensuite, ils se sont peu à peu ornementés – jusqu’aux sophistications incroyables et les prouesses de la passementerie du XVIIIème siècle français !

Il faut cependant signaler que l’usage de ces longs tabliers, s’il a été abandonné dans les loges bleues, n’a pas totalement disparu de la pratique maçonnique. Dans le grade de Maître Maçon de la Marque, d’origine britannique, lors de la cérémonie « d’avancement », le candidat est conduit à revêtir pendant un temps ce que les rituels anglais nomment un « working apron », c’est-à-dire tout simplement un long tablier de travail opératif, comme celui qui est figuré plus haut. Il va de soi que ce tablier, qui enveloppe presque tout le corps, se porte habituellement après qu’on a laissé « tomber » la veste…

S’agissant du tablier « spéculatif », en consultant l’iconographie, on voit que si l’Angleterre a privilégié le port du tablier sur la veste, en revanche en France ou même aux États-Unis, à la même époque, les usages ont varié. Enfin, en Ecosse et en Irlande, jusqu’à nos jours, c’est toujours sous la veste que se porte le « décor » du maçon !

Quand la maçonnerie passe en France, dans le premier quart du XVIIIème, on ne dispose pas de document, mais dès 1745 les célèbres gravures attribuées à Lebas nous procurent une documentation très intéressante sur ce sujet. L’une de ces planches montre que le tablier est apparemment placé sur l’habit, au moins quand on peut interpréter les images et sous réserve de la fidélité de l’auteur aux usages réels des loges de son époque.

 

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En Angleterre même, au cœur du XVIIIème siècle, en 1735, on observe des usages plus diversifiés : le Grand Maître, situé de face, porte son tablier sous l'habit, mais le personnage vu de dos nous montre la ceinture de son tablier, porté par conséquent sur l'habit...

 

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Aux États-Unis, à la fin du XVIIIème siècle, la fameuse fresque qui met en scène Washington, posant la première pierre du Capitole, est sans équivoque.

 

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Cette façon de porter le tablier sous l’habit se retrouvera encore en France  sous le Premier Empire.

Les francs-maçons anglais, de nos jours, sont très dignes sur les photos de loges où, tous grades confondus, le tablier est toujours parfaitement ajusté sur la veste.

 

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C’est l’usage également habituel aux États-Unis où il n’est cependant pas difficile d’observer que la tenue vestimentaire des Frères est largement plus casual – disons : « détendue » – qu’en Grande-Bretagne, c’est le moins qu’on puisse dire !

 

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Si l’on considère que ce sont les Grands Maîtres qui donnent l’exemple – et comme en douter ? (!) – alors les trois Grandes Loges « Sœurs », Angleterre, Ecosse, Irlande affichent sans équivoque leurs usages officiels.

 

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Portrait peint du Duc de Kent, Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre

 

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Le Grand Maître Maçon de la Grande Loge d’Ecosse

 

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Le Grand Maître de la Grande Loge d’Irlande


N’oublions pas non plus qu’en Grande-Bretagne, il y a aussi des femmes francs-maçons – notamment au sein de l’Order of Women Freemasons qui compte quelques milliers de membres. Les « Frères » – c’est ainsi que se nomment les Sœurs en Angleterre ! – portent leur tablier sur leur robe…mais ajoutent sur le tout une sorte de surplis blanc – en anglais gown, qui peut se traduire, selon le contexte, par « robe », « blouse » ou même « toge ». On observe aisément, sur cette photo, que cette robe ouverte est faite d’un tissu blanc semi-transparent qui laisse entrevoir…le tablier !

 

 

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Pour en revenir aux États-Unis, les usages y sont en réalité très variés, comme le suggère cette photo où, côte à côte, un Grand Maître et un Vénérable de loge n’ont manifestement pas le même dress code !...

 

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Que penser de tout cela ? Simplement une chose : en ce domaine, là encore, la coutume l’emporte sur le raisonnement. On peut en effet tout « justifier » et son contraire.

On peut affirmer, comme certains, que la veste est sur le tablier car l’on travaille en « bras de chemise » et qu’on reprend ensuite sa veste. Pourquoi pas ? On a cependant vu plus haut que cette distinction entre la veste et le pantalon n’avait guère de sens sur un chantier du  Moyen Age, à une époque où la composition du costume était très différente. On entend aussi dire, parfois, autant en Écosse qu’en Irlande, que les opératifs ne mettaient précisément pas de veste, puisqu’ils travaillaient, et que seuls les spéculatifs (les Gentlemen Masons) l’ont « ajoutée » au vêtement du maçon : une thèse largement conjecturale, rigoureusement non documentée et qui sent assez fort l’explication verbale…

On peut également plaider que la maçonnerie étant justement devenue spéculative, et le tablier purement « décoratif », c’est uniquement l’apparence qui compte. Il faut pouvoir observer les détails de ce tablier et laisser à chacun la possibilité de décrypter tous les symboles dont, peu à peu, il se chargera, à mesure que des grades nouveaux seront inventés.

Au passage, n’oublions pas non plus que vers la fin du XIXème, et jusqu’à l’avant-guerre, il était habituel en France pour un Maître maçon, toutes obédiences confondues, de ne plus porter de tablier : à cette époque, la question ne se posait donc plus…

Les anglais, de nos jours, respectent presque infailliblement la règle du « tablier sur la veste »…sauf exception ! Et cette exception – qui est aussi une règle habituelle, on l’a vu, chez les irlandais et les écossais – permet de souligner un autre point : ce sont finalement les règles de l’élégance qui dictent la solution.

En effet, de deux choses l’une :

-          Ou bien l’on porte un habit formel, habit « à la française » ou tenue de cérémonie (type « veste à queue de pie ») et, sur un tel vêtement, appliquer un tablier produirait inévitablement un effet gauche et d’un mauvais goût complet. Dans ce cas, le tablier trouve naturellement sa place sous la veste d’habit. Le fréquent usage de ce genre d’habit au XVIIIème et au XIXème siècles explique simplement qu’on y ait souvent porté le tablier « sous la veste ».

-          Ou bien l’on a revêtu un costume de ville classique, ce qui est le plus habituel de nos jours, et le port du tablier « en-dessous » entraîne alors une conséquence qui saute aux yeux, si je puis dire : les pans droits (et plus encore si l’on est resté un adepte du costume croisé) masquent presque totalement le tablier – sauf à laisser la veste déboutonnée, et encore ! Du reste, même en Ecosse, où la règle habituelle est "la tablier sous la veste", il est spécifié dans les documents écrits remis aux Frères que si l'on porte un tel vêtement, le tablier doit préférablement être ajusté au-dessus, pour qu'au moins la bavette en soit visible. Sinon, visuellement, je trouve aussi que l’effet produit n’est pas très heureux, mais c’est encore une question de goût. Une photo récente, venue d’Irlande, en fournit une illustration parfaite…

 

 

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En revanche, et tout s’éclaire, si l’on porte, comme les Ecossais, l’habit traditionnel avec le spencer et le kilt, la veste haute, pourtant correctement boutonnée), avec ses pans coupés et évasés laisse largement apparaître tous les détails du tablier.

 

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On voit que le tablier prend alors naturellement la place de cet attribut vestimentaire majeur du costume traditionnel écossais qu’est le sporran - la sacoche porte-monnaie – lui-même généralement très ornementé et donc bien visible...

 

 

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Ce détail d’une statue récemment réalisée en mémoire de Robert Burns, le poète national écossais, lauréat de la loge Canongate Kilwinning, le montre également très bien. Même avec un habit dont les pans étaient longs en arrière, sur le devant ils étaient coupés et le tablier apparaissait ainsi sans difficulté bien qu’il fût théoriquement porté, selon la coutume écossaise, « sous la veste ».


 

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On finit d’ailleurs par se demander si l’attachement persistant de l’Irlande et de l’Écosse – qui ont apparemment harmonisé leurs pratiques maçonniques dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle – à cet usage, ne réside pas essentiellement dans leur volonté de se démarquer à tout prix des coutumes anglaises ! Mais c’est là une autre histoire…

Finalement, la leçon générale de cette revue de l’élégance maçonnique tient en peu de mots. Point besoin de références laborieuses à de prétendus usages opératifs. Tout délire symbolique sur le sens de l’une ou l’autre des manières de porter le tablier est également sans valeur aucune.

La règle générale est donc très simple : un tablier est fait pour être vu !...