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28 mai 2013

ICHF 2013 : l'enregistrement audio !

Pour répondre à la demande de plusieurs d'entre vous, je vous livre ici l'enregistrement audio de la conférence que j'ai présentée samedi dernier à Edimbourg.

L'ICHF 2013 comme si vous y étiez...

https://soundcloud.com/logenationalefrancaise/ichf-2013-r...

Sur le site de la LNF, vous pouvez retrouver ce lien et celui qui conduit à la très belle conférence de Dominique Sappia.

26 mai 2013

ICHF 2013 - 4ème Conférence Internationale d'Histoire de la Franc-maçonnerie : j'y étais...

Depuis 2007, tous les deux ans une importante réunion d’historiens de la maçonnerie et de maçonnologues se tient à Edimbourg, au siège de la Grande Loge d’Ecosse. Rassemblant les meilleurs spécialistes du monde, à l’invitation d’un Comité d’organisation très sélectif, c’est le rendez-vous désormais obligé de tous les experts dans ces domaines. L’édition 2013 vient d’avoir lieu : j’en reviens…

Cette année, on comptait près de 200 délégués, essentiellement venus du Royaume-Uni et des USA – avec de rares européens et quelques sud-américains. En tout, cinq français (!), mais trois d’entre eux avaient été invités par le Comité international d’organisation à prendre la parole pour une communication ou une conférence : Cécile Révauger (Professeure à l’Université de Bordeaux III – Grand Orient de France), Dominique Sappia (Institut Maçonnique de France-Section Provence, Comité de rédaction de Renaissance Traditionnelle, Loge Nationale Française) et votre serviteur. Etait également présent mon vieil ami François Rognon, bibliothécaire de la Grande Loge de France, qui assistait avec intérêt aux diverses communications, et avec qui j’ai longuement conversé. Je n'ai pas eu le plaisir de croiser Jean-Jacques Zambrowski, Grand Chancelier de la Grande Loge de France, car nous n'étions pas présents sur les lieux en même temps.ICHF 2013.jpg

Dominique et moi avons animé samedi matin une session entièrement française par ses thématiques – mais en langue anglaise ! J’ai présenté une communication intitulée : Early French Masonic Exposures (1737-1751) – A reappraisal and some methodological reflections. Il s’agissait de revisiter le sens et la nature des divulgations maçonniques françaises des années 1740, un sujet sur lequel je travaille depuis longtemps, afin de souligner leur extrême proximité de contenu par rapport aux divulgations maçonniques anglaises qui ont culminé en 1730, avec la publication du fameux Masonry Dissected de l’énigmatique Samuel Prichard, et de rappeler que jusque vers 1750 environ, on devait considérer l’ensemble franco-britannique comme formant une seule et même franc-maçonnerie. Dominique Sappia a présenté avec talent les sources historiques du système symbolique du Régime Ecossais Rectifié (RER) : From Martines de Pasqually’s concept of matter to the Cosmological Significance of Lights in the Scottish Rectified Rite – A French view of Masonic Symbolism. Ce qui, devant un public essentiellement anglo-saxon, très peu habitué aux subtilités du « symbolisme maçonnique », était pour le moins exotique ! La session fut efficacement modérée par mon ami Jan Snoek, maçonnologue de renom qui travaille à l’Université de Heidelberg (et à qui on doit récemment un remarquable ouvrage sur le Rite d’adpotion et l’initiation des femmes en franc-maçonnerie des Lumières à nos jours – Dervy, 2012). De nombreuses questions ont suivi – la session a fini en retard ! – et je pense que nous avons pu, devant un parterre international de connaisseurs, illustrer les mérites de la recherche maçonnique française.

Cécile Révauger, membre du Comité d’organisation, a aussi présenté, en « première mondiale »,  le  fabuleux travail accompli depuis près de dix ans sous sa direction et celle de notre regretté Frère Charles Porset, pour aboutir à la publication imminente du Monde maçonnique des Lumières : un dictionnaire prosopographique qui a rassemblé près de 150 spécialistes européens et américains triés sur le volet pour environ 1000 contributions - j’en ai rédigé une dizaine. Ce sera, pour de nombreuses années, un instrument de travail et de référence pour tous les chercheurs en histoire maçonnique. Un exemplaire de démonstration (trois forts volumes de 1000 pages chacun) a pu circuler. Je reviendrai bien sûr dans le détail sur ce précieux ouvrage dès qu’il aura paru – la souscription est d’ores et déjà ouverte jusqu’au 15 juin : www.slatkine.com

Une belle manifestation, à la fois savante et joyeuse dans les locaux si attachants du Freemasons’ Hall d’Edimbourg où, comme de coutume, les échanges dans les couloirs ont compté au moins autant que les communications elles-mêmes. J’ai eu le bonheur de converser avec quelques chers amis anglais comme John Acaster (Président du Cercle de correspondance des Quatuor Coronati de Londres), John Wade (Passé-Maître des QC), ou encore John Belton qui vient de publier un livre très intéressant sur l’Union de 1813 qui vit naître la Grande Loge Unie d’Angeterre. Et bien sûr, notre vieux compère, à Dominique et à moi, je veux parler de l’incontournable Bob Cooper, le savant et si chaleureux bibliothécaire et conservateur de la Grande Loge de d’Ecosse  –  le spécialiste mondial de Rosslyn, déconstructeur de ses prétendus mystères et pourfendeur convaincant du mythe maçonnique des templiers d’Ecosse. Il sera d’ailleurs notre invité d’honneur à Marseille, à la fin du mois de juin, pour les rencontres maçonniques franco-écossaises que nous organisons dans le cadre de l’IMF-Provence, avec d’autres éminents chercheurs comme Alain Bernheim et l’ami Louis Trébuchet (www.i-m-f-provence.fr)

Comme vous le montrera la photo ci-dessous, prise "sur le vif", les discussions ont été parfois pittoresques dans la belle salle du Grand Committee de la Grande Loge d'Ecosse !

 

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Conversation avec un autochtone...

 

Un seul regret en revenant d’Edimbourg : la quasi-absence des français, je l’ai dit, sur le front de la recherche maçonnologique mondiale. Il y a à cela au moins deux raisons assez navrantes.

La première est la barrière de la langue. Les français ne parlent que trop rarement l’anglais or cette langue, que cela nous plaise ou non, est la langue de référence des conférences savantes à l’échelon international. La seconde raison est plus profonde et sans doute plus grave. La recherche maçonnique est une notion pratiquement incomprise en France : l’approche historique des problèmes maçonniques est largement étrangère à la mentalité des francs-maçons français qui préfèrent volontiers les poisons et les délices du « délire symbolico-maniaque » – lequel ne requiert que du bagoût mais n’exige aucune référence rigoureuse.

Il faut ajouter l’incompatibilité absolue entre la recherche de type académique, idéologiquement distanciée, fondée sur la seule méthode critique, et la « politique maçonnique » qui veut systématiquement instrumentaliser l’histoire au profit d’intérêts obédientiels assez dérisoires. A Edimbourg, on pouvait mesurer à quel point cet état d’esprit consternant est largement étranger à la recherche maçonnique internationale. C’est cependant une maladie chronique qui domine encore, semble-t-il, le cerveau d’un certain nombre de dignitaires maçonniques français – l’actualité récente l’a montré. On ne peut à cet égard, dans l’intérêt de la franc-maçonnerie en général et de la vérité historique en particulier, que leur souhaiter un prompt rétablissement…

21 mai 2013

Un maçon libre dans une loge libre

Cette expression a connu un succès prodigieux qui est dû à la publicité que lui a faite Oswald Wirth, bien qu’il n’en fût peut-être pas lui-même l’auteur. Elle se situe cependant dans un contexte intellectuel et historique qui l’éclaire grandement et, en tout premier lieu, évoque irrésistiblement la fameuse formule de Cavour, l’un des grands hommes de l’unité italienne  – à laquelle prirent part tant de francs-maçons : « Une Eglise libre dans un Etat libre ».Wirth.png

Oswald Wirth, aujourd’hui connu pour ses manuels de symbolisme au succès inoxydable – quoi que l’on puisse en penser quant au fond n’avait pas toujours été le « mainteneur de la véritable franc-maçonnerie », pour reprendre la formule un peu audacieuse, et même parfaitement abusive, de l’un de ses biographes modernes [1]. Membre de la Grande Loge Symbolique Ecossaise, il devait rejoindre plus tard la Grande Loge de France quand son obédience fusionna en 1896 avec cette dernière, alors tout nouvellement créée. Si Wirth devint ensuite l’une des autorités morales de la franc-maçonnerie et même, tardivement et contre son gré, membre du Suprême Conseil de France, il avait commencé sa carrière maçonnique dans une obédience anarcho-syndicaliste et, tout au long de sa vie, s’était déclaré indifférent à l’égard des hauts grades auxquels il ne trouvait aucun intérêt et qu’il accusait surtout – critique très classique à la fin du XIXème siècle – d’être une aristocratie incompatible avec ce qu’il dénommait lui-même le « pur maçonnisme ».

D’où son attrait pour la formule « Un maçon libre dans une loge libre ». Il y a, dans ce programme, un arrière-goût de subversion subtile, de « révolution permanente », qui dit implicitement sa méfiance à l’égard des appareils obédientiels en particulier.

Cette phrase revient de nos jours comme un leitmotiv dès qu’un Frère, un Officier, un Vénérable, éprouve quelque agacement ou quelques irritation à la réception d’une circulaire du Grand Secrétariat de son obédience ou en entendant de la part d’un dignitaire maçonnique une déclaration jugée inopportune ou intempestive. Alors, dans une réaction d’autonomisme initiatique, il déclare que seule compte la loge et que les « maçons libres » ne sont et ne seront jamais les sujets d’une obédience, si vaste et si puissante soit-elle…

Il y a cependant loin de ces affirmations bravaches à la réalité de la vie maçonnique dans les grandes obédiences. Mais après tout, cet esprit libertaire n’est pas sans authenticité traditionnelle. Un texte émanant de la Loge Nationale Française (LNF) lors de sa fondation, en 1968, rappelait notamment que si cette dernière n’avait pas repris une structure classique de Grande Loge, c’est parce qu’elle jugeait, précisément, qu’il n’y avait aucune obligation traditionnelle de s’y soumettre. Et notons que l’un des textes fondateurs de cette Fédération s’intitule Charte de la maçonnerie traditionnelle libre

Il ne faut pourtant pas oublier que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Si, en énonçant cette déclaration d’indépendance morale si sympathique, on veut aussi laisser entendre que le « maçon libre » ne saurait accepter aucune discipline d’aucune sorte, qu’il peut s’affranchir de toutes les règles et qu’aucune loi ne l’oblige, on risque alors, dans le cadre maçonnique qui a justement ses principes et ses lois, de passer du traditionalisme libre  à l’anomie nihiliste.

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Le tablier d'un "apprenti libre"

Le maçon est libre, c’est une affaire entendue. Son engagement doit l’être, et la plupart des rituels traditionnels le lui rappellent dès son initiation. Mais une fois cet engagement  pris, une fois son serment prêté, il ne s’appartient plus entièrement car il est entré librement dans une voie qui doit le conduire vers un but et, pour y parvenir, il a pénétré dans un univers dont il a tout à apprendre. Esprit libre et qui doit le rester, il est en effet libre de tout questionner, de tout interroger, de tout interpréter, mais il ne l’est pas de tout mettre en cause, de tout reformater au gré de ses désirs et de n’y prendre en considération que ce qui le tente, l’amuse ou lui plaît.

La franc-maçonnerie a un plan, subtilement inscrit dans ses rituels et ses emblèmes, et dont le Grand Architecte de l’Univers est la clé de voûte et le symbole vivant. L’ignorer c’est lui retirer son ressort essentiel. Se réédifier soi-même selon ce plan librement redécouvert, tel est, me semble-t-il,  le légitime dessein de tout franc-maçon libre.



[3] J. Baylot, Oswald Wirth (1860-1943), rénovateur et mainteneur de la véritable franc-maçonnerie, Paris, 1975.