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17 août 2013

Les équivoques de la pensée symbolique

Selon un auteur profondément révéré par les francs-maçons anglais, William Preston (1742-1818), qui contribua dans le dernier quart du XVIIIème siècle, notamment à travers son maître ouvrage Illustrations of Masonry, à la fixation des rituels et des instructions encore en vigueur de nos jours dans les loges britanniques, la franc-maçonnerie est « un système particulier de morale, exprimé sous le voile des allégories et illustré par des symboles. »

william_preston_photo.jpg On peut adhérer ou non à cette définition, mais elle est l’une des plus anciennes que la franc-maçonnerie nous ait laissée de sa méthode symbolique ; à ce titre au moins, elle mérite considération. Or deux termes y sont frappants : « morale » et « illustré ». La franc-maçonnerie, dans cette perspective si typiquement anglo-saxonne, enseigne avant tout « les principes sacrés de la moralité », comme le dit expressément le rituel d’initiation au premier grade en Angleterre, et n’utilise les symboles que comme une manière commode et suggestive « d’illustrer » cet enseignement. A l’époque de Preston, tout au long du XIXème siècle et jusqu’à nous, la franc-maçonnerie britannique n’a cessé de voir dans les symboles maçonniques de simples emblèmes rappelant sur un mode graphique les enseignements fondamentaux de la morale judéo-chrétienne dont les bases se trouvent dans les Ecritures saintes, lesquelles, toujours pour citer les rituels anglais, sont le « critère infaillible de la justice et de la vérité ».

Qu’en fut-il en France, notamment, au XVIIIème siècle ? On y voit le mot « symbole » rarement utilisé dans les rituels et les discours maçonniques, voire presque jamais dans certains systèmes. On y rencontre sans doute plus fréquemment les mots « allégories », « emblèmes » – tout comme en Grande Bretagne, observons-le – voire « hiéroglyphes » ou encore « types ». Mais il est un mot dont le vocabulaire maçonnique français a fait, dès l’origine, un abondant usage : c’est le mot « secret » – de préférence écrit au pluriel…

Les premières divulgations maçonniques françaises, par leurs titres mêmes, expriment bien cet état d’esprit : Le secret des francs-maçons (1744), Le sceau rompu (1745), L’Ordre des franc-maçons trahi et leur secret révélé (1745). Encore ces révélations ne portaient-elles que sur les trois premiers grades – grades « bleus », encore appelés « grades symboliques –, mais dès 1766 ce sont les hauts grades qui sont victimes de ces indiscrétions  imprimées. L’ouvrage le plus célèbre les concernant avait pour titre : Les plus secrets mystères des hauts grades de la maçonnerie dévoilés. On mesure d’emblée ce que ces expressions soulignent par rapport à « l’illustration symbolique » anglaise : on nous suggère ici fortement que la franc-maçonnerie, se rattachant à la plus ancienne « tradition des mystères » renferme des enseignements soigneusement préservés de la curiosité profane et que les symboles dont usent les francs-maçons, loin d’illustrer, bien au contraire, ont pour objet essentiel de dissimuler et de rendre impénétrables les grandes vérités que l’ordre dispense à des adeptes.

A la fin du XIXème siècle, en France singulièrement, dans la mouvance du courant occultiste initié par Eliphas Lévi (alias Alphonse Louis Constant, 1810-1875) et qui va flirter avec les marges de la franc-maçonnerie, elle-même majoritairement positiviste à cette époque, un courant herméneutique bien particulier va peu à peu prendre de l’ampleur et finira par occuper, au décours des années 1950, sinon une position dominante, du moins une place incontournable dans la pensée maçonnique en général. Ce mouvement a incontestablement été lancé par Oswald Wirth (1860-1943), un élève de l’ésotériste et quelque peu sulfureux Stanislas de Guaïta (1861-1897). En publiant dès la fin des années 1890, en volumes successifs maintes fois réédités et toujours lus, sa célébrissime série, La franc-maçonne rendue intelligible à ses adeptes (I. L’Apprenti, II. Le Compagnon, III. Le Maître) puis Les mystères de l’art royal, très tôt traduits en plusieurs langues (mais pas en anglais !), Wirth assurera pendant plus de 40 ans un véritable magistère des études de symbolique maçonnique à la direction de sa revue justement nommée Le Symbolisme (fondée en 1912) qui vivra après lui, jusqu’en 1970.

A travers ses ouvrages, rédigés dans une langue classique et limpide, véritables « bréviaires maçonniques » selon les termes mêmes de leur auteur, Wirth imposera sa vision résumée en quelques formules lapidaires :

La science profane s’enseigne à l’aide de mots, alors que le savoir initiatique ne peut s’acquérir qu’à la lumière de symboles. C’est en lui-même que l’Initié puise sa connaissance (gnosis en grec), en discernant de subtiles allusions, il lui faut deviner ce qui se cache dans les profondeurs de son esprit. […]

Mis en présence d’un signe muet, l’adepte est tenu de le faire parler : penser par soi-même est le grand art des Initiés.  (Les mystères de l’art royal)Jules-Boucher_3111.jpeg

En termes d’influence, et dans la même veine, on ne peut guère en rapprocher que Jules Boucher, un autre occultiste du XXème siècle, magicien et théurge, dont La symbolique maçonnique, publiée pour la première fois en 1948, fut un véritable best seller des loges jusqu’à nos jours.

De rébus moralisateur, le symbole maçonnique est ainsi devenu le support d’un véritable exercice spirituel aux connotations plus ou moins illuministes ou mystiques. Notons cependant ici, sans y insister davantage pour l’instant, les non-dits de cette approche « symboliste ». Renvoyant à des questionnements métaphysiques bien plus que simplement moraux, à la différence du symbolisme finalement assez sommaire de la tradition anglaise, ce symbolisme maçonnique français s’en distingue aussi par sa réticence extrême à évoquer toute référence trop directement religieuse. Fait révélateur, Wirth lui-même, prophète ardent du « renouveau symboliste » de la franc-maçonnerie, n’hésitant pas à recourir à l’astrologie, aux tarots ou à l’alchimie comme à autant de clés pour comprendre les symboles maçonniques, avait toujours maintenu une interprétation du « vocable » traditionnel de « Grand Architecte de l’Univers » – un terme imagé pour désigner Dieu, sans équivoque, chez les anglais – qui faisait de ce dernier un « pur symbole ». En d’autres termes ; tout ce que l’on voulait, sauf Dieu – ou alors du bout des lèvres…

Le symbolisme maçonnique dans sa conception française, est donc d’apparition assez tardive, on le voit, dans l’histoire de la franc-maçonnerie – même s’il trouve quelques racines dans certains Rites minoritaires de la fin du XVIIIème siècle. Le mot « symbolisme », en contexte maçonnique, s’est ainsi  trouvé plongé dans un certain flou sémantique, au point qu’il est devenu, dans la bouche de certains de ses défenseurs et de ses contempteurs au sein des loges, comme un équivalent euphémique de spiritualisme, voire de déisme : on est un « maçon symboliste » et tout est dit. De la simple désignation d’une méthode, on est bel et bien passé, à pas feutrés et sans jamais le dire tout à fait, à l’affirmation d’une position intellectuelle et presque d’un choix métaphysique – ce qui est assurément très différent.

Même dans ce cas, pourtant, et selon une acception également très commune dans les milieux maçonniques français, le caractère « symbolique » renvoie cependant toujours au libre jeu de l’imagination et de la conscience, sans référence obligatoire à quelque affirmation « dogmatique » que ce soit.

Cet entre-deux typiquement français montre à quel point le contexte culturel influence la réception et le traitement d’un corpus de symboles dont la morphologie générale est pourtant partout la même. On peut du reste essayer de préciser les sources, la nature et la portée de cette ultime équivoque en examinant les rapports de la maçonnerie avec la religion et l’ésotérisme.


(Extrait du Que sais-je ?  La franc-maçonnerie, PUF,  2013, pp. 61-65)

De Socrate à la franc-maçonnerie : un détour par l'Italie du XVIème...

Je suis récemment tombé sur une gravure extrait d’un fameux ouvrage d’Achille Bocchi (1488-1562), publié en Italie en 1555 (et réédité en 1574) : Symbolicarvm quaestionvm de vniverso genere qvas serio lvdebat libri qvinqve. Ce livre s’apparente à une littérature qui a connu dès le siècle précédent un succès immense dans les milieux cultivés de l’Europe : celle des ouvrages d’emblemata, ces recueils d’images « symboliques », ordinairement assorties de devises énigmatiques et que l’on commentait à perte de vue dans les salons de la bonne société…


Socrate Bocchi.jpg

 

Or, que voit-on sur cette gravure ?

Socrate, le maître de la maïeutique, qui sous l’inspiration de son « bon démon », illustre la maxime delphique du « Connais-toi toi-même » : tandis qu’il trace d’une main un double portrait de lui-même et de son « double », il tient de l’autre le compas et l’équerre, sous un  ciel où se dessinent « le Soleil, la Lune et les Etoiles »….

S l’on extrait cette gravure de son contexte et que l’on dissimule sa date, gageons que nombre de lecteurs lui trouveraient spontanément un air maçonnique très prononcé. De là, à y voir de la maçonnerie au beau milieu du XVIème siècle en Italie, il n’y a qu’un pas !

La réalité est évidemment tout autre et cet exemple l’illustre parfaitement. Le symbolisme maçonnique, je l’ai souvent écrit, n’existe pas, à proprement parler : entendons par là que les symboles empruntés à l’art de la géométrie et de l’architecture, bien avant que la franc-maçonnerie spéculative n’apparaisse et ne s’en empare, ont fait l’objet d’emplois multiples car, depuis Platon, la géométrie est une science qui se prête au parallèle mystique, et que la meilleure image de la construction de soi est naturellement celle d’un édifice matériel. Ce fut particulièrement à la Renaissance qui a vu dans l’architecture un programme intellectuel. Du reste, c’est en partie ce que rappelle en substance la sentence placée au-dessus de la gravure Bocchi : par le dessin on fait mieux apparaître ce qui était caché.

Ceux qui ont fourbi les armes symboliques de la maçonnerie spéculative, au cours du XVIIème siècle, s’étaient nourris de ces traités de la Renaissance et des innombrables volumes de la littérature emblématique, un des sources les plus riches du répertoire symbolique de la maçonnerie, disponible dès la fin du XVème siècle ! C’est d’ailleurs par ce biais que les loges ont accueilli nombre d’autres symboles, sans rapport aucun avec l’art de bâtir !

La maçonnerie « symbolique » a donc finalement très peu innové quant à son contenu emblématique ou iconographique. L’ayant recueilli çà et là, elle en a tout simplement proposé un usage nouveau – et génial ! –, au moyen d’une méthode rituelle qui lui donne en quelque sorte une vie nouvelle dans les cadre particulier d’un espace et d’un temps nouveaux : l’espace et le temps de la loge.

C’est là une source intellectuelle beaucoup plus évidente et surtout plus immédiate que le prétendu « savoir des bâtisseurs », qu’il ne s’agit pas de nier mais qui renvoyait à des secrets de métier aux applications philosophiques assez minces…[1]

 

 


[1] Voir à ce sujet dans L’invention de la franc-maçonnerie, le passage que j’ai consacré à cette question : (pp. 112-124).

31 juillet 2013

Les origines du ternaire Sagesse, Force, Beauté

C'est vers 1727, dans le Wilkinson MS - où l'on trouve aussi la première allusion à HIram en rapport possible avec le grade de Maître - que le ternaire Sagesse, Force et Beauté fait son apparition dans la tradition textuelle de la franc-maçonnerie spéculative. A partir de cette date, il ne variera plus. Mais quelle peut en être la source ? A-t-il des origines plus lointaines ?

Toute une littérature "d'exégèse", maçonnique surtout au XXème siècle, n'a pas hésité à solliciter laborieusement l'alchimie et à torturer la kabbale - notamment  par des contorsions relatives à la traduction du nom hébreu des séphiroth ! - pour tenter, mais en vain, de répondre à ces questions. La profonde inculture historique et religieuse de la plupart des auteurs maçonniques français "classiques" a fait le reste...

La solution parait pourtant assez naturelle : il suffit d'aller à la recherche des textes maçonniques les plus anciens et des les replacer dans leur contexte. Alors, tout s'éclaire.

Le manuscrit Grand Lodge n°1 MS (1583) (un des quatre plus anciens manuscrits des Old Charges, ou Anciens Devoirs) commence ainsi :

"Que par la Puissance (« might ») du Père du Ciel et la Sagesse (« wisdom ») du Fils Glorieux, la Grâce et la bonté (« grace and goodness ») de l'Esprit Saint, trois personnes en un seul Dieu, soient avec nous à notre commencement […]"

On relève également ce même membre de phrase, « La Sagesse du Fils Glorieux », dans le Dauntesey MS (vers 1690), dans le Robert's Print (1722), dans le Bolt Coleraine MS (1728). C'est donc un lieu commun des plus ancien textes maçonniques. Le Dumfries n°4 MS (vers 1710) qui n'appartient pas à proprement parler à la famille des Old Charges mais s’en inspire manifestement, use d'une formule légèrement différente mais équivalente : « La Sagesse du Glorieux Jésus ».

Les premières lignes du Ms Grand Lodge (1583)

Cette attribution du terme Sagesse à la deuxième personne de la Trinité chrétienne est-elle donc propre aux Old Charges et aux textes qui appartiennent à la même tradition ? Nullement, et ce n’est pas la moindre nos surprises, mais cette découverte est passionnante. Il s’agit en fait d’une longue tradition théologique, en Occident notamment. On en trouve un premier exposé clair dans les très célèbres Sentences de Pierre Lombard (c.1100-1160), l'un des pères de la pensée théologique médiévale, interminablement recopié et commenté tout au long du Moyen Age. Dans le Livre I, Distinction XXXIV de son grand ouvrage, le chapitre IV s’intitule en effet :

Pour quelle raison la puissance (potentia) est attribuée au Père, la sagesse (sapientia) au Fils et la bonté (bonitas) au Saint Esprit, car il n’existe qu’une puissance, une sagesse et une bonté pour les Trois.

Suit un commentaire expliquant en quoi cette triple attribution n’efface pas l’unité essentielle des trois personnes de la Trinité. Ce texte fondamental appelle plusieurs commentaires.

Le premier est qu’il s’agit de la source évidente, sans discussion possible, de notre ternaire, Sagesse, Force et Beauté, à un terme près : la "bonté" est ici en lieu et place de la "beauté". Je reviendrai plus loin sur ce point.

Le deuxième point est de savoir si ces attributions, qui vont devenir un lieu commun de la théologie médiévale, reprises par Duns Scot et Thomas d’Aquin notamment, connurent une diffusion plus large, dans la piété populaire, et sous quelle forme. C’est là, en effet, une question essentielle si l’on veut assurer le lien entre l’invocation initiale figurant dans le texte des Old Charges et ces considérations théologiques savantes, sans doute réservées à une petite élite ecclésiastique. Or, une réponse est en effet possible. Il s’agit d’une prière à la Sainte Trinité, proposée à la dévotion commune et remontant au XVe siècle – époque à laquelle, notons-le au passage, furent rédigés les premiers Old Charges.

Cette prière se conclut par ces mots :

Defendat me immensa trinitas,

Dirigat me inaestimabilis bonitas.

Regat me potentia patris,

Vivificet me sapientia filii,

Illuminet me gratia et virtus spiritus sancti.[1]

Soit :

Défends-moi immense Trinité,

Dirige-moi inestimable bonté,

Gouverne-moi force du Père,

Vivifie-moi sagesse du Fils,

Illumine moi, grâce et vertu de l’Esprit Saint.

La démonstration est claire : l’invocation des Anciens Devoirs, dont provient notre ternaire, est empruntée à des prières médiévales en l’honneur de la Trinité, attestées dès le XVe siècle, et qui illustraient elles-mêmes une élaboration théologique bien plus ancienne encore (XIe-XIIIe siècle). On observe que dans cette prière populaire, par différence avec les formules des théologiens, la bonté est ici sans attribution spécifique – elle parait s’appliquer à la Trinité dans son ensemble – tandis que l’Esprit Saint y est plus spécifiquement lié à la grâce.

Pierre Lombard - le père du ternaire maçonnique ?

Or, il faut s’interroger sur le passage de « bonté » à « beauté » dans le vocabulaire maçonnique. On note que cette transformation ne se trouve pas dans les Anciens Devoirs et nous ignorons quand et pourquoi elle fut opérée, mais nous venons précisément de voir que la piété populaire reformulait parfois les conclusions de la théologie savante.

On peut ici risquer une hypothèse raisonnable et assez simple. On a noté que le texte des Old Charges suggère déjà une alternative au mot « bonté » (« goodness ») puisqu’il utilise justement deux mots pour qualifier l’Esprit Saint : « grace and goodness ». Or, le très respectable Oxford English Dictionary, définissant le mot anglais « grace », s’il mentionne évidemment le sens religieux de la « grâce divine » – souligné, on l'a vu, dans une prière populaire –, signale aussi que l’une des valeurs de ce mot est tout simplement : « quelque chose qui transmet de la beauté (« beauty ») » - c'est du reste également vrai en français. On voit donc que du ternaire « élargi » des Old Charges, inspiré de prières traditionnelles, au ternaire maçonnique proprement dit, la transition est finalement aisée et passe par le peuple chrétien lui-même.

D’autre part, il se pourrait bien, comme le suggère une citation de Saint Thomas d'Aquin  dans son Commentaire des sentences de Pierre Lombard, que la source primaire soit la Bible elle-même, en l’occurrence le Livre de la Sagesse, Chapitre 8, verset 1 qui, dans la Vulgate, porte : « [sapientia] attingit a fine usque ad finem fortiter et disponit omnia suaviter », texte qui dans la traduction de la TOB, par exemple, donne : « La sagesse s'étend avec force d'une extrémité du monde à l'autre, elle gouverne l'univers avec bonté ».

Or, ceci nous conduit précisément à découvrir le sens véritable de l'expression, assez faible en français, de « Sagesse pour inventer [2] », commune à presque tous les catéchismes maçonniques depuis le XVIIIe siècle. En anglais, la phrase est : « Wisdom to contrive ». Or dans Masonry dissected de Samuel Prichard (1730), divulgation fondamentale dans l'histoire maçonnique anglaise, et dont l'influence fut considérable, nous lisons cette formule qui nous donne le vrai sens du verbe anglais « to contrive » : « The Grand Architect and Contriver of the Universe » (« Le Grand Architecte et Créateur de l'Univers »). « To contrive » a donc dans l'expression « Wisdom to contrive » le sens très fort de créer, que le verbe français « inventer » ne rend qu'imparfaitement. « Sagesse pour inventer » s'applique donc, si l’on suit la source maçonnique anglaise, à la Parole créatrice initiale. C’est du reste ce qui dit le Livre des Proverbes (3,19) : « C'est par la sagesse que l'Éternel a fondé la terre. »

 

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/71/God-Architect.jpg

Bible moralisée, XIIIème siècle

Observons encore que l'accord avec l'Evangile de Jean, livre qui a joué un rôle très important dans le Rite des Modernes depuis 1717 et jusqu’a la fin du XVIIIe siècle, est ici complet. Son Prologue dit en effet de la Parole (« Verbum »), identifiée au Fils :

Par elle tout a été fait,

Et  sans elle, rien n’a été fait

De ce qui est fait.

 Enfin, comme pour conclure ce dialogue entre les Ecritures Saintes et les textes maçonniques, il nous faut citer, cette fois jusqu'au bout, le passage de Masonry Dissected évoqué plus haut et donnant la signification de la lettre G : « Le Grand Architecte et Créateur de l’Univers, ou Celui qui fut élevé jusqu’au sommet du pinacle du Saint Temple ».

On sait en effet que ce dernier n’est autre que Jésus, lors de la tentation au désert (Matthieu, 4, 5)...

La cause, pourrais-je dire, est entendue...http://pmcdn.priceminister.com/photo/les-trois-grands-piliers-de-la-franc-maconnerie-colonnes-et-chandeliers-dans-la-tradition-maconnique-de-rene-desaguliers-livre-896805182_ML.jpg

 

 

Remarque : Sur tous ces points, et bien d'autres encore, voir l'ouvrage de mon maître René Désaguliers, longtemps épuisé, et dont j'ai proposé une nouvelle édition profondément remaniée : Les trois grands piliers de la franc-maçonnerie, Véga, 2011


[1] ANALECTA HYMNICA MEDII AEVI. Herausgegeben von Clemens Blume und Guido M. Dreves. XXXI. PIA DICTAMINA, Reimgebeute und Leselieder des Mittelalters, Vierte Folge, Leipzig, 0. R. Reislansd, 1898, p.14.

[2] On trouve aussi : « Sagesse pour concevoir ».