Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23 janvier 2014

L'Installation secrète du Vénérable : de la Grande-Bretagne à la France, les étapes d'une histoire (4)

5. Les qualifications de Maître de Loge et les hauts grades liés à la Chaire de Maître, en France au XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle.

L'Ecossais des 3 JJJ (c. 1740-1745)

Toute l'évolution que j'ai retracée (voir posts 1, 2, 3) ne concerne que les Iles britanniques. Selon une opinion classique, l’Installation anglaise - secrète ou non - ne semble donc pas s’être transmise en tant que telle, en France au XVIIIème siècle.

Toutefois, le problème des qualifications des Maîtres de loges a bien existé. Il faut cependant ne jamais perdre de vue que, dans les premiers temps, à une époque - avant la création du Grand Orient de France en 1773 en tout cas - où l'immense majorité es Maitres de loge, du moins à Pars, l'étaient à vie, en vertu d'une patente dont ils étaient les propriétaires, la question de l'Installation périodique ne pouvait se poser.

Dès les années 1740, de nouveaux grades apparurent en France, au-dessus des trois premiers, et furent globalement qualifié d’écossais. Or, parmi les premiers privilèges que revendiquèrent des Écossais d'un nouveau genre, figurait celui de prendre de plein droit le premier maillet de la loge !

Il est ici fort curieux de constater que dans la loge du comte de Clermont, à paris, dans les années 1740, état pratiqué un système primitif en quatre grades supérieurs (au moins) dont le plus élevé celui d’Écossais des 3 JJJ, dit de Paris ou de Clermont.

L'argument de ce grade, dans sa forme primitive, est fort simple: on a remplacé Hiram par Adonhiram, dans la Chaire duquel le candidat est installé à son tour avec un attouchement au coude et la communication de deux mots en G., dont l'un est le mot de passe classique du grade de Maître en France au XVIIIème siècle, Gabaon, et le second une forme du Mot de Maître Installé en Angleterre...

 

comte_de_Clermont.jpg

Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont

Grand Maître des Loges régulières du Royaume de France

de 1743 à 1771

 

Le contenu presque exact de l’Installation anglaise - avec même ici la mention très précoce d'Adonhiram - était donc connu à Paris avant 1745 sous la forme d'un grade suprême - pour quelque temps - d’Écossais des 3 JJJ. Notons que ceci est antérieur de quinze années au moins à la divulgation anglaise des Trois Coups Distincts, la première en Angleterre a révéler le contenu de cette Installation !

Il faut également retenir que c'est dans un texte de 1744, le Catéchsisme des Francs-Maçons, de Léonard Gabanon (alias Louis Travenol) décrivant pour la première fois en France la légende d'Hiram et le contenu du grade de Maître (divulgué en 1730 à Londres), que le personnage central du drame est appelé non point Hiram mais Adonhiram, sans pour autant que la légende elle-même soit modifiée. Serait-ce, près de quinze ans après la divulgation Prichard, une simple "erreur" ou, comme on peut le supposer, une modification introduite de propos délibéré, peut-être sous l'influence d'une certaine importance alors reconnus à ce nouveau personnage du légendaire des grades maçonniques ?

On pourrait ainsi formuler l'hypothèse que l'Installation secrète primitive, qui Intendant.gifdevait exister dans les années 1740 en Irlande notamment, avait été connue en France mais qu’elle ne put y prospérer que sous la forme d'un grande indépendant, en raison notamment du statut des Vénérables en France, bien différent de celui des Maîtres de loge en Grande-Bretagne, qui se renouvelaient encore souvent, à cette époque, tous les six mois, comme à Londres. Du fait de la multiplication bientôt incontrôlable des hauts grades dans les années 1750-1760, ce premier grade d'Ecossais sera rapidement marginalisé - pour donner plus tardivement, sous une forme lointaine et considérablement altérée, le 8ème "degré" du REAA - Intendant des bâtiments.

Il demeura cependant comme un témoignage assez troublant de la présence du contenue ésotérique de l'Installation anglaise dans la maçonnerie française, à une époque relativement ancienne de son histoire, et avant même que ce contenu ne soit clairement attesté par des documents en Angleterre.

En outre, il faut également remarquer que le rôle des Écossais - quel que soit le grande compris sous cette appellation  fort vague tout au long du XVIIIème siècle -  n'a cessé d'être tenu pour essentiel dans la dévolution de la qualité de Vénérable au sein de certaines loges qui, dans le dernier quart du XVIIIème siècle, se qualifient précisément d'écossaises.

C'est ici que s'ouvre un autre pan de l'histoire en pointillé de l’Installation secrète en France, vers la fin du XVIIIème siècle... (à suivre)

10 janvier 2014

Quelques réflexions sur le serment maçonnique

Que l’on soit initié, reçu à grade quelconque, affilié à une loge ou installé dans une fonction d’Officier, on est amené à prêter des serments en loge. Ce sont des actes parmi les plus fréquents de la vie maçonnique. Leur forte signification, qui remonte à un lointain passé, est cependant trop souvent négligée de nos jours.

Pour ne s’en tenir qu’à la tradition biblique ou à la pratique de l’Europe médiévale – deux références importantes pour l’imaginaire de la franc-maçonnerie –, le serment y a toujours revêtu le caractère d’un acte plus ou moins sacré. On lui alors reconnait classiquement trois composantes : l’objet du serment (ce à quoi l’on s’engage), le témoin du serment (devant qui l’on s’y engage) et le châtiment du serment (la peine que par avance l’on consent à subir si l’on manque à sa parole).

On doit ici référer, d’une part, à l’un des commandements du Décalogue – « tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur, ton Dieu, pour tromper »[1] – et d’autre part rappeler que le serment avait souvent au Moyen Age la valeur d’une ordalie, c’est-à-dire d’une épreuve dont Dieu était généralement le témoin et le juge puisqu’on invitait les foudres du ciel à s’abattre immédiatement si l’on mentait – l’épreuve de la « main au feu » en était une variante, parmi bien d’autres.

Au-delà de ces références qui se situent dans une longue tradition magico-religieuse, le serment, jusqu’à nos jours, a pu encore être reconnu comme une preuve en l’absence de tout autre élément d’information : le fameux « engagement sur l’honneur » qui est parfois requis dans certains actes à valeur légale, n’a ainsi pas disparu.


Gustave_dore_crusades_barthelemi_undergoing_the_ordeal_of_fire.jpg

L'ordalie par le feu, vue par Gustave Doré


C’est dans ce contexte que doit s’envisager le serment maçonnique. Jadis, outre le grave problème de conscience que pouvait poser tout manquement à la parole donnée devant Dieu, la nature cruelle et impressionnante des pénalités physiques prévues en cas de faute, du moins en Écosse, dès la fin du XVIIème siècle – et dont les formules encore en usage ont gardé la trace symbolique – était alors prise très au sérieux. C’est qu’elles n’avaient pas seulement un caractère « symbolique » et que les hommes de ce temps-là pouvaient en contempler le spectacle tous les jours : le texte des plus anciens serments écossais reproduit en effet, presque terme pour terme (gorge tranchée, langue arraché  ventre ouvert, exposition sur le rivage), le supplice généralement infligé, chez les marins, aux pirates et aux mutins -ou à ceux qui avaient révélé les secrets du « Conseil du Roi »…[2]

C’est ainsi que, comme pour les symboles dits « maçonniques » et qui, pour la plupart, on préexisté à la franc-maçonnerie qui n’a fait que les emprunter, les « châtiments » (en anglais « penalties ») de l’Obligation, ou Serment du Maçon, lui sont venus de la société civile !

Il va de soi que dans les sociétés « désenchantées » de l’Europe moderne, nul ne croit plus vraiment que Dieu va terrasser les menteurs et, d’autre part, on imagine difficilement que quiconque puisse pour le même motif trancher la gorge d’un des Frères ! Si l’on ajoute le fait que le l’objet du serment est, littéralement, de préserver des secrets que l’on trouve en vente dans toutes les bonne librairies depuis plus de deux siècles et demi, on peut comprendre que le serment maçonnique soit parfois considéré comme étant à la fois inutile, sans objet et finalement un peu ridicule. Reconnaissons que beaucoup de maçons, de nos jours, ont à un moment ou à un autre, éprouvé ce sentiment.


Daumier.jpeg

Gravure de Daumier

Y croit-on encore ?...


C’est pourtant une grave erreur de jugement.

Sans revenir sur la vaste et pénétrante étude que René Guilly [3] consacra à cette question il y a maintenant bien des années, il convient de souligner que la franc-maçonnerie est aujourd’hui l’un des rares endroits où l’on soit régulièrement conduit à prêter un serment solennel – seules quelques professions, comme celle de médecin avec l’obligation du Serment d’Hippocrate, sont dans le même cas, à quoi il faut ajouter les témoignages devant un tribunal. Cette rareté même de l’acte doit précisément nous interroger sur son sens profond. A quoi sert-il de s’engager ainsi et de prendre de telles « Obligations » ?

En premier lieu, sans doute, à faire sentir que si l’on pratique en maçonnerie une chose que l’on ne fait (presque) plus ailleurs, c’est qu’il s’agit probablement d’un lieu « différent » : ni politique, ni religieux, ni simplement philosophique, ni banalement amical ou bachique. Cette étrangeté qu’est la prestation d’un serment solennel – indépendamment de son objet –, la disproportion même qui existe entre les horreurs auxquelles on s’expose – théoriquement ! – et la pauvreté des « secrets » préservés, tout cela est de nature à faire prendre conscience de la radicale spécificité de la franc-maçonnerie par rapport à ce que tout le reste du monde et de notre vie peuvent nous offrir.

Ensuite, vis-à-vis de soi-même, le serment a la valeur d’une norme éthique à laquelle on se rappelle d’avance, une sorte de défi que l’on se lance à soi-même. Peu importe, en l’occurrence, que l’on révèle ou ne révèle pas ce que tout le monde sait ou ignore – même si l’on a plus tard ajouté d’autres choses plus concrètes, comme le fait d’aimer ses Frères, d’observer la Constitution de l’obédience, voire de « défendre la laïcité » (!) – l’essentiel n’est pas là : l’essentiel est de « promettre », de « se » promettre qu’on suivra un chemin, qu’on se tiendra à la règle qu’on s’est fixée, que l’on respectera le désir que l’on a voulu combler en s’engageant dans une voie que l’on se jure de ne pas quitter.

Une des toutes premières divulgations des usages maçonniques, publiée en France en 1744, Le secret des francs-maçons, nous apprend qu’à cette époque on répétait à trois reprises au candidat, lors de la cérémonie de son initiation : « Monsieur, la maçonnerie est une chose plus sérieuse que vous ne pensez. » Le serment est là pour que nous nous le disions à nous-mêmes, dans l’intime de notre conscience, là où nul ne peut aller, là où nul mensonge n’est possible.


Serment.jpg

"C'est le serment qui fait le maçon..."


Le serment maçonnique est donc une fin en soi : il opère à lui seul le basculement de l’état de profane à l’état de franc-maçon. La question s’est en effet souvent posée de savoir à partir de quel moment, si une cérémonie d’initiation maçonnique venait à être interrompue pour une cause quelconque, le candidat pourrait être considéré comme étant « déjà » franc-maçon. Où se situe au juste le point de rupture ? Et la réponse la plus vraisemblable est qu’il s’agit du moment où le serment maçonnique a été prêté. C’est pour cela qu’en définitive, pour reprendre la formule de René Guilly, « c’est le serment qui fait le maçon. »

Lorsque cela est accompli, la loge de réception a fait son travail ; au nouvel initié de faire le sien…

 



[1] Ex. 20,7.

[2] Cf. B. E. Jones, Freemason’s Guide and Compendium, London, 1956, 278-280.

[3] « Notes sur le serment maçonnique », Renaissance Traditionnelle, n°1, 2, 3, 4 (1970).

02 janvier 2014

L'Installation secrète du Vénérable : de la Grande-Bretagne à la France, les étapes d'une histoire (3)

3. Installation secrète en Angleterre jusqu'à l'Union de 1813 - Les suites de l'Union (1813).

(Voir les posts 1 et 2)

Le dernier quart du XVIIIème siècle est l'époque de la sophistication rituelle de la maçonnerie anglaise et de la fixation de certains usages dont elle ne s'écartera plus guère à partir de la fin du premier tiers du XIXème siècle.

En ce qui concerne l’Installation, il faut retenir l'apport documentaire essentiel de William Presto, dans les éditions successives, à partir de 1772, de ses Illlustrations of Masonry. C'est à partir de 1801 qu'on y trouve l’information que, désormais, l'Installation se fait fans un local distinct de la loge où se retirent pour un moment les seuls Frères qui possèdent la qualité de Maîtres Installés. L'Installation est alors devenue vraiment "secrète". Ultérieurement ce sont les autres Frères qui seront invités à se retirer "pour un court moment": la cérémonie aura pris ainsi sa morphologie quasiment définitive.


Illustrations of Masonry.jpg


En 1809, un événement important se produisit pour préparer la réunification de la maçonnerie anglaise. La Grande Loge des Modernes constitua en son sein une loge spéciale dite de "Promulgation" qui travailla jusqu'en 1811. Sa mission était de rechercher si, à un moment quelconque, la Grande Loge des Modernes avait dévié des usages traditionnels de la franc-maçonnerie et, le cas échéant, de formuler des recommandations pour revenir à ces "anciens usages" - expressions parfaitement équivoque, au demeurant, dans le contexte de l'époque.

La Loge de Promulgation intervient principalement sur deux points:

- le rétablissement de "l'ordre ancien" des mots des deux premiers grades, B et J, réputés avoir été inversés vers 1739 - ce que l'historiographe contemporaine considère désormais comme assez improbable; [1]

- l'Installation secrète, très inconstamment pratiquée, il est vrai, par la Grande Loge des Modernes, et dont la Loge de Promulgation déclara qu'elle constituait pourtant un des"vrais Landmarks de la Maçonnerie [Craft]".

Deux des points de divergence essentiels entre les deux Obédiences anglaises rivales étaient ainsi supprimés - fût-ce au prix de quelques libertés prises avec l'histoire, du reste très imparfaitement connue des protagonistes eux-mêmes -  ouvrant très vite la voie vers l'Union.

Lorsque la fusion des deux Grandes Loges donna naissance, le 27 décembre 1813 - les anglais en ont célébré le bicentenaire voici quelques jours à peine - à la Grande Loge Unie d'Angleterre, un autre Loge spéciale, dite de "Réconciliation", fut chargée jusqu’en 1816 de standardiser les rituels de toutes les loges prenant part à l'Union, mais elle ne préoccupa nullement du rituel de l'Installation. Un Conseil de Maitres Installés fut enfin créé au sien de la GLUA en 1827, pour fixer officiellement les modalités de la cérémonie. C'est sans doute à cette date, notamment, que fut définitivement introduite la légende caractéristique de ce "grade".

On peut observer que depuis cette époque, et selon une tradition dès lors constante, l’Installation secrète n'est toujours pas considérée comme un grande maçonnique au seins plein du terme - les anglais insistent toujours très fortement sur cette notion -, mais comme "un des plus anciens usages du Métier". Dès 1813, dans l'article II de l'Acte d'Union, il est spécifié, selon une formulation qui fit souvent sourire les historiens continentaux, que:

" La Maçonnerie pure et Ancienne consiste en trois grandes et pas davantage, à savoir ceux d'Apprenti Entré, de Compagnon du Métier et de Maitre Maçon, incluant l'Ordre Suprême du Saint Arc Royal."

Cette acrobatie sémantique permettait toutefois de faire droit à la place éminente que les Anciens accordaient à l'Arc Royal, tout en maintenant le principe, cher aux Modernes, qu'il ne s'agissait pas vraiment d'un "haut" grade...


 

1813_ARTICLES_OF_UNION_01.jpg


Il faut surtout remarquer ici que l’Installation secrète n'est absolument pas mentionnée ! L'Installation secrète est en effet classiquement décrite comme une qualité liée à la Chaire du Maître de  Loge. Elle n'entre donc pas en conflit avec le systèmes des grades auquel elle est en quelque sorte étrangère. En Angleterre, c'est la loge symbolique qui la transmet, mais ailleurs, comme en Écosse par exemple, un Chapitre de l'Arc Royal peut la conférer, dans certaines conditions, car elle est toujours requise pour l'exaltation au Saint Arc Royal de Jérusalem. Certains systèmes de hauts grades anglais exigent du reste que le candidat possède cette qualité, alors que d'autres, tout en la connaissant parfaitement, ne l'exigent pas, comme la Grande Loge des Maîtres Maçons de la Marque d'Angleterre - sauf pour devenir Vénérable d'une Loge de la Marque ! - ou le Suprême Conseil pour  l'Angleterre et le Pays de Galles du Rite Ancien et Accepté (c'est ainsi que se nomme le "REAA" en Angleterre).

En ce sens, on peut dire que l'Installation secrète n'est une coutume maçonnique anglaise que dans la mesure où la maçonnerie elle-même est d'origine anglaise (ou britannique au sens large), mais elle n'était cependant pas liée, originellement, un un "Rite" particulier, car vers 1750-60, en France comme Outre-Manche, cette notion de Rite pour les grades symboliques, n'existait tout simplement pas ! [2] L'Installation secrète, d'un point de vue strictement historique, apparait donc bien comme l'un des usages les plus anciens de la maçonnerie spéculative organisée, et si elle a semblé, pendant très longtemps, ne s'être cantonnée qu'à l'Angleterre et l'Irlande (plus tard, mais dans un deuxième temps seulement, à l’Écosse), c'est parce qu'à l'époque où cette usage s'est fixé, les Iles britanniques n'exerçaient pas (ou plus) d'influence dirigeante sur la maçonnerie continentale, laquelle évoluait désormais pour son propre compte. Si l’Installation secrète avait existé en tant que telle, bien établie en Angleterre, dès les années 1730, il est absolument certain qu'elle ferait partie, sans difficulté aucune du patrimoine traditionnel de la maçonnerie française. Nous verrons du reste que l'on peut formuler une hypothèse à ce sujet pour la période 1740-1745.

4. Le cas de l’Écosse jusqu'à la fin du XIXème siècle.

On sait l’importance de l’Écosse dans la constitution du fond traditionnel de la maçonnerie spéculative. Ce n'est pourtant pas avant le premier quart du XIXème siècle que l'on voit apparaitre et se diffuser lentement, dans ce pays, une cérémonie secrète d’Installation. Elle comportait un mot et un attouchement proches de ceux connus en Angleterre mais surtout une légende très différente, bien que mettant également en scène Adonhiram. Il est probable, mais non formellement démontré, que cette "ancienne cérémonie" écossaise provenait déjà d'Angleterre où, précisément, la légende d'Adonhiram venait d'être plus ou moins fixée et associée à l'Installation - souvenons-nous qu'il n'en est pas de tout question en 1760 dans les Trois Coups Distincts par exemple. Il est en tout cas à peu près certain que l’Écosse n'est pas une source en ce domaine.

En 1872 (!), pour accorder sa pratique avec celle de la GLUA, puissance "amie", la Grande Loge d’Écosse adopta un rituel tout à fait nouveau, reprenant en fait les éléments caractéristiques de la l'Installation anglaise, tout en introduisant quelques enrichissements, aussi bien dans la légende (la Reine de Saba) que dans la cérémonie elle-même (consécration par trois Passés-Maîtres).


 

Past Master Mark.JPG

Bijou de Passé Maître de la Marque


Il est aussi intéressant de noter que l'ancienne légende de l'Installation écossaise est devenue, en 1856, la légende de l'Installation secrète du Vénérable Maître d'une loge de la Grande Loge des Maîtres Maçons de la Marque d'Angleterre - les "secrets" de cette Installation (mot, signe, attouchement) ont été, en revanche, modifiés pour éviter tout conflit avec ceux d'un Vénérable d'une loge du Métier, c'est-à-dire des trois premiers grades. Cette légende de l'Installation de la Marque peut ainsi être considérée comme une variante primitive de la légende de l'Installation du Vénérable d'une loge du Métier.


Cette brève évocation historique pourrait s'achever ici. Il faut pourtant aborder le cas de la France où, dès le XVIIIème siècle, la question apparait bien complexe qu'on ne l'a cru pendant longtemps...    (à suivre)


________________________________________________________

[1] Voir le chapitre III, "Le problème de l’inversion des mots des deux premiers grades" in  R. Désaguliers, Les deux grandes colonnes de la franc-maçonnerie, (édition revue et corrigée par P. Mollier et Roger Dachez), Paris, 1997.

[2] L'opposition entre les Anciens et les Modernes est d'une autre nature. J'y reviendrai dans un post.